Arbitrage: Pierre Racicot à la rencontre du public
Pierre Racicot, directeur de l'arbitrage français et ancien arbitre de NHL, était présent à Grenoble pour un échange avec des abonnés et partenaires.
📅 02/10/2026 à 12:00✍️ JC Salomé📍 Grenoble Patinoire Pole Sud
Pierre Racicot est un ancien arbitre de NHL, avec près de 2000 matchs et 10 finales de coupe Stanley. Il est à la tête de l'arbitrage français depuis 3 ans.
Présent à Grenoble en tant que superviseur pour le match Grenoble - Cergy-Pontoise, une session d'échanges avec des abonnés et partenaires a eu lieu avant le match dans les nouveaux locaux du club des Brûleurs de Loups. Pierre Racicot a proposé la même chose à Briançon deux jours auparavant, et cette initiative devrait être proposée dans la saison dans les autres clubs.
photo: Jean-Christophe Salomé
Pierre était très ouvert et a répondu à toutes les questions sans détour. La session s'est déroulée en présence de Julien Baylacq et Jacques Reboh qui ont pu apporter des précisions lors des échanges. Un moment très convivial et trop court tant les questions étaient nombreuses : interrogations globales sur l'arbitrage, questions sur des faits de jeux précis, souvent sur des situations lors de matchs à Grenoble. Toutes les questions étaient pertinentes et les réponses apportées ont permis de mieux comprendre les décisions.
Des vidéos d'exemple de faits de jeux sanctionnés pendant le match et après le match ont été visionnées et commentées, dont celles qui allaient être publiées publiées le lendemain par la CIRJ.
Les décisions prises à vitesse réélle sur les vidéos ou dans l'action sur la glace différent avec une analyse au ralenti ou en figeant les vidéos. Un geste peut-être perçu comme violent ou intentionnel sur l'instant pour finalement être requalifié avec le recul. Par exemple, les appuis et mouvements du corps avant la faute peuvent confirmer ou infirmer une sanction ou une intention volontaire.
Cette session à laquelle la presse pu assister a été très intéressante et appréciée par les présents. Elle va sans nul doute améliorer l'image d'un arbitrage distant et inaccessible, que ce soit pour le public ou les médias.
Nous ne pouvons que vous encourager à participer lors des prochaines sessions ainsi que de multiplier ces événements à tous les échelons du hockey en France.
Les questions et réponses ont été retranscrites ci-dessous.
Les arbitres pourraient-ils expliquer leurs décisions au micro, comme en NHL ?
Pierre a confirmé que cette piste est à l'étude. La contrainte principale est financière et technique (réseau, bâtiments), notamment pour équiper les arbitres d'un micro. Le micro de la table de marque pourrait être utilisé. Il a précisé que ce qu'ils visent n'est pas un commentaire élaboré, mais simplement une annonce synthétique comme en NHL : "numéro 18, 2 minutes, obstruction sur le gardien, but refusé".
La transparence est un objectif clairement affiché : "on communique avec les joueurs, avec la télé et avec vous dans les tribunes."
Pourquoi les arbitres refusent-ils les ralentis sur grand écran ?
La règle passée interdisait de chercher une pénalité par la vidéo : on ne peut que descendre une pénalité déjà appelée, jamais en créer une nouvelle via les images. Cette saison, toutes les pénalités majeures (5 minutes) sont désormais révisées systématiquement. Pierre a par ailleurs indiqué qu'il est pleinement favorable à montrer les ralentis sur les grands écrans, que ce soit un beau jeu ou des obstruction sur le gardien, pour engager le public même si cela suscite des réactions. L'interdiction ancienne lui était déjà contestable. Par contre, il n'est pas souhaitable de montrer des images violentes ou d'une blessure.
La tablette vidéo tombe souvent en panne — quel plan d'action ?
Pierre reconnaît le problème. Une réunion de bilan est prévue dans deux semaines avec tous les arbitres Magnus pour faire le point : nombre de caméras fonctionnelles (sur les 5 angles disponibles), fiabilité du réseau, état des tablettes. Julien Baylacq explique que Magnus TV et la tablette des arbitres sont sur deux réseaux indépendants — une patinoire peut voir les images sur les écrans sans que la tablette arbitrale fonctionne. La technologie est jugée bonne, mais c'est la première année où la plateforme vidéo est fusionnée avec Magnus TV (auparavant deux systèmes distincts). Ils sont "encore en période de rodage."
Il n'est pas non plus possible d'utiliser autre chose que la tablette en cas de défaut (comme un téléphone tiers). Il faut que le système soit indépendant et transparent.
Sur la professionnalisation des arbitres ?
Pierre distingue "professionnalisme" et "profession à temps plein." Sur la professionnalisation financière : doubler le budget pour avoir seulement 5 arbitres à temps plein est hors de portée aujourd'hui. Les meilleurs arbitres français ont des carrières bien rémunérées (ingénieur, etc.) et un salaire de l'arbitrage ne serait pas compétitif. Sur le professionnalisme de comportement : il est déjà exigé — tests physiques, pesée, retours vidéo après chaque match, stages de 3 jours avec critères précis pour chaque pénalité : « Ce qu'on fait au stage, c'est qu'on veut un standard d'application des règles qui soit coachable et prévisible. On leur donne des directives avec des phrases clés. Si tu vois un accroché, il faut que la crosse soit parallèle, contact sur les mains, sur les gants ou sur le corps. Si c'est accroché la crosse, c'est légal. »
L'objectif est un "standard coachable et prévisible" d'application des règles, même si le facteur humain ne disparaîtra jamais totalement. Il n'y a qu'une ligue dans le monde avec des arbitres professionnels, c'est la NHL.
Certains arbitres officieraient trop souvent dans leur propre région — règles ?
Pierre confirme qu'il existe un suivi du nombre de matchs par arbitre et par club, avec des seuils à ne pas dépasser. Un arbitre de la région ne doit pas arbitrer Grenoble trop souvent, même en déplacement à Cergy par exemple. Il reconnaît cependant une contrainte réelle de coût et de logistique : envoyer systématiquement des arbitres en déplacement lointain a un coût humain et financier non négligeable.
Une faute non sifflée peut-elle mener à une suspension après visionnage ?
Oui, clairement. Pierre précise même que le lendemain du match concerné, deux fautes non sifflées pendant le match feront l'objet d'une publication sur le site de la Magnus avec vidéo à l'appui. Le comité indépendant examine les actions en ignorant le score et les clubs pour juger uniquement le geste. Une action non sanctionnée sur la glace peut tout à fait déboucher sur une suspension.
Y a-t-il une consigne particulière pour un joueur récidiviste ?
Pas de préjugé sur l'action, mais une vigilance accrue. Les arbitres sont informés en amont des antécédents disciplinaires et doivent "porter une attention particulière" à certains joueurs. En termes de sanction, la récidive aggrave directement la peine : il n'y a plus de notion de sursis. Un joueur qui a pris 9 matchs lors de sa dernière suspension aura une prochaine sanction encore plus lourde.
Un club peut-il faire appel d'une suspension ?
Oui, une procédure d'appel existe. Cependant, Pierre met en garde : comme en droit classique, la peine peut être alourdie en appel. Le comité d'appel est composé de personnes moins spécialisées techniquement que le comité initial, ce qui expose à une décision potentiellement moins précise.
Exemple d'un but avec un attaquant dans la zone bleue depuis au moins 2 secondes — pourquoi le but a-t-il été accordé ?
Pierre rappelle la règle : être dans la zone bleue n'est pas en soi illicite. Ce qui est illicite, c'est de gêner le gardien. La décision arbitrale (accord du but) reposait sur le fait que le joueur bordelais, bien que présent dans le bleu, ne faisait pas obstruction à la zone du gardien.
Exemple d'un contact non sanctionné entre un attaquant et le gardien adverse
Sur la vidéo, Pierre a admis qu'à titre personnel, il aurait souhaité qu'une obstruction mineure soit sifflée, car la trajectoire du joueur l'amenait dans le territoire du gardien bien que son appui et sa trajectoire l'éloignent du gardien — mais c'est le jugement qui a été rendu sur la glace.
La blessure d'un joueur est-elle prise en compte dans la durée de suspension ?
La blessure est un facteur aggravant, mais la sanction n'est pas proportionnelle à sa gravité. Ce qui est jugé, c'est le geste lui-même (dangerosité, intention, négligence). Un geste grave sans blessure peut être sanctionné plus lourdement qu'un geste négligent ayant causé une blessure sérieuse. L'objectif est de sanctionner l'action, pas la conséquence.