Avouons-le franchement, après les revers successifs face à Strasbourg, Gap et Angers, le moral n'était pas particulièrement bon du côté du public grenoblois de moins en moins nombreux à Pôle Sud (1800 spectateurs) pour voir des Brûleurs clairement en quête de rachat. Handicapés par les blessures d'Aquino et d'Amar, les Grenoblois devaient ce soir se passer également des services de Baylacq (infection, de retour la semaine prochaine), de Suzzarini (cheville, de retour la semaine prochaine) et de Bedin (cause de l'absence non précisée).
Dix premières minutes de qualité
Le début de rencontre très enlevé laisse supposer une soirée intense, enfin diront certains... Après trois tentatives à la cage de l'attaque de Gap, Ouimet essaye à son tour et Grenoble insiste avec un Zacharias qui capte en mitaine. Les deux équipes paraissent proches l'une de l'autre et proposent un ballet rapide et souvent inspiré.
A 4"47, un débordement de Le Blond permet au jeune Grenoblois de lancer, le palet étant ensuite repris victorieusement par Ouimet qui ouvre le score. (1-0)
Pourtant, dès la remise en jeu à 5"03, Rambousek monte côté droit et dribble un arrière grenoblois pour voir ensuite Quemener s'excentrer assez curieusement pour lui faire face. Le Tchèque fait alors une passe assez évidente depuis la tribune de presse plein centre pour Campbell qui n'a plus qu'à pousser le palet dans la cage vide. (1-1)
Alors que le premier but grenoblois avait eu pour mérite de permettre aux Brûleurs de conjurer le signe indien, cette égalisation très rapide va faire douter les joueurs de Jean-François Dufour avec un Quemener quelque peu pris au piège dans l'épisode. Elle va également signifier une baisse régulière de rythme.
Rambousek, sans doute le joueur ayant le plus fort potentiel technique sur la glace ce soir, va alors offrir au public un joli numéro de conduite et protection de palet avant de se voir stoppé devant le gardien grenoblois, tandis que les Brûleurs souffrent comme lors des rencontres précédentes d'un jeu à mi-glace approximatif, d'autant plus difficile à mettre en place que les sorties de zone laissent encore une fois à désirer, et ceci malgré un échec avant haut-alpin plus discret que celui des Alsaciens lors de la rencontre précédente.
Plusieurs pénalités vont hacher le jeu et donner l'impression que les deux équipes proches l'une de l'autre ne se livrent pas vraiment à fond. Un début d'explication physique entre Desrosiers et Paradis à 14"07 voient les deux camps évoluer à 4x4 et paradoxalement ne rien proposer d'intéressant, avec de multiples lancers à fond de glace et un ballet vacillant en zone neutre pour des récupérations compromises par des passes approximatives, lorsqu'il ne s'agit pas du traditionnel "je prends le palet et je fonce seul en ligne droite" au résultat hélas bien connu. Ajoutez une absence de charges dans les bandes et un défi physique bien timide, et vous obtenez encore une fois un ensemble qui va faire l'affaire de Gap au fil des minutes.
En baisse après dix bonnes premières minutes, la rencontre est en recherche d'intensité. Jelen prend deux minutes pour s'être expliqué avec Dusseau devant le banc grenoblois en toute fin de période, et Pôle-Sud, morose, voit les deux équipes rentrer au vestiaire sans qu'aucun doute ne soit levé côté grenoblois.
Grenoble rate le coche
La reprise va confirmer la baisse de rythme entrevue après la dixième minute et offrir un ensemble vraiment moyen qui ne contribuera pas à faire monter une ambiance en berne.
Après un nouveau 4x4 insipide, qui témoigne tout à la fois de la nervosité grenobloise comme d'un manque de solutions collectives face à des Gapençais qui jouent sérieusement, mais sans disposer d'une véritable marge de manoeuvre, Grenoble va connaître en moins de deux minutes ce qui sera de fait le tournant de la rencontre.
A 24"12, Grenoble à l'attaque pousse et Le Blond va hériter d'un palet passé depuis l'arrière de la cage. Juste devant le gardien des visiteurs, le joueur inscrit le but qui sera ensuite refusé par l'arbitre sans que le motif avouons-le nous paraisse très clair. Monsieur Colleoni ne pouvait considérer que le Grenoblois stationnait trop près du gardien, ni que la reprise du palet était irrégulière? Le Blond arrive devant, est servi, peut lever le palet ce qui souligne qu'il n'était pas au contact direct de Zacharias, bref, sans avoir revu les images nous sommes en attente d'une explication claire à ce sujet et ne pouvons qu'écrire nos impressions depuis la tribune de presse. Notons qu'au passage Zacharias hérite de deux minutes pour retard de jeu, sanction qui ne nous est pas non plus compréhensible? [A la suite de cet article, nous avons reçu les précisions suivantes qui nous paraissent expliquer totalement les décisions prises: . Le but est refuse car la cage est deplacee lorsque le palet franchit la ligne de but. Le gardien se voyant en danger, déplace d'un coup de patin la cage. Pour cette action, le règlement prevoit 2mn de retard de jeu. ]
Quoi qu'il en soit, cette occasion manquée symbolise fort bien la très grande difficulté de Grenoble à proposer des constructions offensives dangereuses.
A 27"24, Jelen lance un palet assez mou sur Quemener qui repousse sur Rambousek en embuscade, lequel met le palet au fond et permet à Gap de prendre pour la première fois l'avantage dans la rencontre. (1-2)
Les minutes suivantes vont voir plusieurs événements ralentir le rythme. Le premier est la blessure de Desrosiers victime d'une sérieuse coupure de patin au bras, le joueur restant allongé de longues minutes le long de la bande avant de sortir avec un pansement conséquent (5 points de suture semble-t'il). Le second voit Suchanek prendre 2+10 à 34"22 à la suite d'une charge sur un Grenoblois curieusement penché en avant, sanction logique qui vise à protéger les joueurs au niveau de la tête mais qui, ici, ne sanctionne absolument pas une volonté de blesser.
Plusieurs pénalités en fin de période vont donner à Grenoble des minutes de jeux de puissance. Les Brûleurs prennent même un temps mort pour tenter de jouer correctement un killing play mais sans succès, cependant il y a en cette fin de période du mieux en matière de fond de jeu. Toutefois, ces efforts louables ont trouvé le gardien Zacharias qui propose un sans faute sur des tentatives il est vrai souvent assez aisées pour un joueur de son niveau. Gap paraît un peu moins bien tandis que les deux équipes regagnent le vestiaire. On peut regretter que Grenoble n'ait pas pratiqué un jeu plus physique, susceptible d'user un adversaire moins à l'aise sans doute dans le domaine.
Final insipide
Peu de choses à dire sur cette dernière période qui va voir Gap contrôler les affaires et surtout pouvoir compter sur son gardien pour repousser les trop rares tentatives grenobloises. Manifestement incapables d'accélérer et de proposer des solutions offensives, Grenoble va voir le plus souvent ses attaquants foncer bille en tête pour frapper à angle fermé sur le gardien adverse, tandis que des coéquipiers traversent devant le gardien en attendant la passe et le centre plus dangereux. Cette attitude dont on sent qu'elle commence sérieusement à agacer certains défenseurs des Brûleurs s'accompagnant de replis défensifs parfois approximatifs, l'ensemble restera brouillon et surtout sans danger pour Gap qui fait le métier.
Arrossamena prendra dix minutes pour avoir protesté verbalement auprès de l'arbitre, et la sortie de Quemener ne changera rien pour une fin de rencontre qui soulignera l'incapacité des Brûleurs à mettre l'ultime coup de rein pour égaliser.
Quelques remarques
L'équipe de Gap est retournée dans les Hautes-Alpes avec un résultat sans doute synonyme de qualification en Coupe de la Ligue, mais qui n'aura pas impressionné particulièrement les observateurs. Certes à l'extérieur, les joueurs de Turcotte se sont imposés par un seul but d'avance et sans disposer d'une marge de manoeuvre sur les Isérois. Cependant, avouons qu'à aucun moment, sauf peut être durant la minute qui suit l'unique but grenoblois, on aura eu l'impression que la victoire pouvait échapper aux visiteurs. S'appuyant sur une défense efficace, l'une des meilleures de Magnus et sur un gardien qui a fait le métier ce soir, Gap n'a jamais eu peur ni perdu le contrôle de la rencontre. Sans doute trop juste pour aller chercher l'une des 4 premières places de Magnus, les Rapaces peuvent prétendre être dans les 8 et pourquoi pas dans les 6. Disposant de joueurs talentueux, à l'image d'un Rambousek qui respire le hockey ou encore d'un Charette à surveiller, Gap devrait pouvoir faire parler sa défense, en espérant que l'absence de patinoire ne soit pas un trop lourd handicap au fil des mois.
Grenoble a disputé depuis le début de saison sept rencontres entre la Coupe de la Ligue et la Magnus (diférentiel de -10 buts). Si l'on fait exception de sa victoire probante face à Rouen lors du match des champions, sans doute un résultat qui aura fait plus de mal que de bien en gonflant certaines têtes, on se retrouve avec seulement deux succès acquis face à Caen, équipe qui risque de descendre en fin de saison, ainsi que face à Villard-de-Lans qu'il faudra revoir dans sa configuration actuelle. Pour le reste, les Brûleurs ne sont pas parvenus à accrocher une seule équipe de la première moitié de tableau, avec autant de défaites face à Briançon, Strasbourg, Angers et Gap (2 fois). Sauf circonstances improbables, ils sont éliminés au premier tour de Coupe de la Ligue pour la première fois de leur histoire.
Derrière ce qui constitue tout de même le pire début de saison en dix ans, on trouve clairement un jeu collectif qui n'est pas en place, avec des joueurs qui se cherchent sur la glace et des automatismes théoriquement acquis après deux mois de préparation et de compétition qui ne sont manifestement pas assimilés. Face à des adversaires disposant d'un fond de jeu et des principes collectifs, le talent individuel, qui reste encore à démontrer chez certains, n'est pas suffisant. Dans un tel contexte, la confiance n'est pas au rendez-vous et cela joue à fond auprès des plus jeunes et des gardiens qui doutent. Enfin, avouons que certaines attitudes individualistes qui voient des frappes à angle totalement fermé, et ceci malgré la présence de partenaires démarqués, ou des déboulés sans retour défensif derrière, questionnent sur la cohésion du groupe. A voir certains regards échangés ce soir entre joueurs, les numéros de solistes de certains commencent à agacer sérieusement plusieurs cadres de l'équipe.
Si tout n'est pas à jeter dans cette rencontre, avec une défensive grenobloise tout de même meilleure que face à Strasbourg et Angers, et d'assez nombreuses occasions hélas généralement sans grand danger, il est clair que l'équipe ne peut rester dans ces eaux bien peu productives.
Il est donc temps que Grenoble propose un match référence, pourquoi pas contre Chamonix samedi, sous peine de s'acheminer lentement mais sûrement vers des lendemains compliqués que nous aurons la pudeur de ne pas appeler crise pour le moment.
Je suis d'accord avec Flow sur la prestation de Crossman et Steiner, très propre.
En ce qui concerne Roulleau, on ne peut pas lui demander de tout faire non plus, encore plus quand on voit son temps passer sur la glace, il a plus de chance de faire une "bêtise" que les autres.
Sportivement