Créée en 2007 par la Fédération, la Coupe de la Ligue avait pour principal objectif de proposer davantage de rencontres aux équipes de Magnus. Réservée au départ à l\'élite française, la Coupe compte aujourd\'hui 16 équipes dont le relégué en D1 ainsi que l\'Equipe de France U20. La formule voit 4 poules "géographiques" de 4 équipes s\'affronter en aller et retour pour deux places en quart de finale. Les quarts, demi-finales et finale se déroulent en une seule rencontre à domicile pour les qualifiés. Après quatre éditions, force est de reconnaître que les détracteurs sont très nombreux avec des arguments tout à fait pertinents. Faut-il maintenir encore longtemps une épreuve propre à la France qui désormais ne paraît pas spécialement intéresser le public et les clubs, et dont l\'existence même complique la nécessaire réforme de la formule Magnus perpétuellement repoussée ?
 |
| Jean Christophe Salomé + Office du Tourisme Méribel |
| Le Trophée et la patinoire. |
Une formule qui lasse
Si le principal objectif de la Coupe de la Ligue était à l\'origine de permettre aux clubs de Magnus de disputer davantage de rencontres et donc sortir des 26 confrontations de Magnus (difficile de faire moins de rencontres pour une ligue théoriquement professionnelle, avouons-le), l\'exercice paraît lasser de plus en plus un public qui est loin de remplir les patinoires lors de ces rencontres. Si l\'on compare les assistances de cette Coupe avec celles de Magnus et même de Coupe de France, on ne peut que relever des fréquentations plus faibles, que l\'on peut estimer entre 20 et 40% selon les glaces. Dans ce contexte, ce sont les clubs qui comptent le plus d\'abonnés qui s\'en sortent le mieux, même si ces derniers ne sont pas enthousiastes pour autant. Relevons que nous mesurons bien ces écarts à HockeyHebdo car il y a clairement moins de lecteurs pour nos comptes-rendus sur le sujet.
Derrière cette lassitude de plus en plus évidente, on trouve une formule "régionale" qui conduit à six allers-retours contre des équipes qui se connaissent par coeur, avec parfois des calendriers qui donnent des indigestions au public.
"Comment voulez-vous apprécier trois, voire quatre rencontres avec la Coupe de France contre toujours le même adversaire, et ceci en un mois-un mois et demi? Ici à Strasbourg, on va ainsi croiser Epinal sans arrêt, je ne critique pas ce club et son niveau, mais avouez que cinq fois si on compte la Coupe de France, cela commence à faire beaucoup" , nous disait ce supporter alsacien quelque peu désabusé. Quand vous ajoutez à cela un calendrier qui propose beaucoup de rencontres à l\'automne puis, en cas de non qualification, beaucoup moins par la suite, vous avez très clairement un déséquilibre assez préjudiciable. Créée avec comme principal argument de proposer davantage de rencontres, la Coupe de la Ligue voit 50 % des participants disputer seulement six rencontres de plus, ce qui reste bien peu surtout quand on considère certains cas précis. En effet, avouons que selon les éditions, certains publics doivent faire preuve de patience, sinon de volonté, pour revenir suivre les victoires trop faciles de leurs favoris.
"Cette année, c\'est le bouquet, nous avons une seule équipe de Magnus dans la poule, Chamonix, sinon Mont-Blanc en D1 peine à suivre et ne parlons pas de l\'Equipe de France U22...le goal average de nos Pingouins va être totalement délirant, c\'est sans intérêt et même scandaleux pour le public qui paye sa place. Les dirigeants en ont conscience mais c\'est ainsi..." nous précise cet abonné de Morzine-Avoriaz .
Cependant, la bonne question à poser depuis le début est également de savoir si tous les clubs jouent vraiment le jeu, c\'est-à-dire disputent chaque rencontre avec tout le sérieux nécessaire. Si vous assurez vos interlocuteurs qu\'ils ne seront pas cités, car ne souhaitant pas se faire mal voir de la Fédération, les langues se délient.
"Pour nous, il est clair que la moitié des clubs ne jouent pas sérieusement cette épreuve. Tu as deux cas, ceux qui dorment d\'entrée, qui ne sont pas fréquents, mais tu as surtout ceux qui ont mal commencé et qui laissent filer généralement la moitié de leurs rencontres une fois qu\'ils savent qu\'ils auront bien du mal à passer la poule. Nous, on commence toujours sérieusement, après cela dépend des blessés, de notre classement de Magnus, si on n\'a pas toutes les cartes on laisse filer, notre objectif c\'est la Magnus", nous répond gentiment un membre du staff d\'un club de Magnus plutôt bien classé depuis plusieurs années. De fait, pour qui fréquente les patinoires, la Coupe de la Ligue est souvent synonyme de rencontre "petit bras" et de rythme plus proche des matchs amicaux que d\'une compétition officielle.
On trouvera cependant quelques équipes qui auront un raisonnement différent comme, par exemple, Luciano Basile de Briançon qui nous dit jouer la Coupe de la Ligue car, vu le faible nombre de rencontres proposées, il ne faut en négliger aucune. Une réponse qui laisse à penser que ce n\'est pas tant l\'épreuve elle-même qui intéresse mais bien la recherche d\'un plus grand nombre de rencontres dans la saison.
N\'existe-t-il pas d\'autres solutions que le maintien de cette compétition ?
Autre point de vue qui paraît nettement minoritaire, celui qui souligne que la Coupe de la Ligue permet à son vainqueur de gagner un trophée, lequel peut être utile en fin de saison pour justifier un bilan positif et contenter les sponsors toujours avides de résultats. Cette logique défend donc une compétition de plus dans le paysage, mais elle ne concerne qu\'une équipe par année, et dans l\'hypothèse qui voit cette dernière ne gagner que dans ce cas précis et donc sauver sa saison en quelque sorte grâce à la Coupe de la Ligue.
 |
| RicLaf TDR |
| Bus du Drakkar de La Baie Comeau en LHJMQ |
Notoriété et impact ???
Même lors des phases finales de l\'épreuve, on ne peut pas dire que l\'intérêt soit grand et, si la Coupe de France permet tout à la fois de belles aventures et un impact médiatique lors de la finale parisienne, la Coupe de la Ligue n\'intéresse personne. Certes, les quarts et demis peuvent intéresser le public, surtout lorsqu\'ils permettent à deux grosses équipes de se retrouver, mais que dire de la finale toujours localisée à Méribel, un non-sens en terme d\'impact médiatique et même de capacité publique.
Choisir depuis le départ une station de ski pas forcément facile à atteindre (pas de train, accès parfois compliqué avec la neige, peu de parkings, prix assez élevés) et une patinoire qui ne permet pas d\'accueillir plus de 1500 personnes assises correctement et huit journalistes en tribune presse est totalement contreproductif. Même si selon la FFHG, Méribel serait le candidat unique à l\'organisation, avec des arguments touristiques que chacun appréciera, quel sport collectif français nourrissant certaines ambitions va placer sa seconde Coupe dans un lieu unique depuis 4 ans ? Ne serait-il pas judicieux et légitime de solliciter des candidatures qui permettent un public plus large ?
De très nombreuses villes n\'ont jamais eu depuis des années une telle finale, à l\'exemple de Nantes, Bordeaux, Montpellier pour ne prendre que ces trois exemples. Avec tout le respect que l\'on doit à Méribel, ce choix, surtout à répétition, questionne et inquiète. Certains pourront rétorquer que ces rencontres se déroulent en présence d\'une télévision, jusqu\'à quand et pour quel impact ? Ne serait-il pas plus pertinent d\'avoir des scolaires, des citadins pouvant ainsi découvrir le hockey élite et pas seulement des touristes pouvant se payer un séjour à la montagne ainsi que des supporters alpins clairement privilégiés ? (bravo aux supporters rouennais pour leur patience et abnégation en la matière).
 |
|
| Ligue australienne : 8 équipes pour 28 rencontres de saison régulière. |
Un emplâtre sur un patin de bois
Le véritable questionnement que l\'on doit avoir par rapport à cette Coupe de la Ligue est pourtant ailleurs. Posons donc la véritable question ! Cette compétition n\'est-elle pas un supplétif, compensation, et même mirage qui permet de ne plus aborder la question de la réforme de la formule de la Ligue Magnus ? Alors qu\'il était question d\'une évolution vers une formule plus resserrée à l\'image de la LNA Suisse qui a fait ses preuves, à savoir 12 clubs professionnels et une formule à double aller-retour pour 48 rencontres de saison régulière, on est toujours dans un système bancal qui ne saurait convaincre des investisseurs et sponsors pour des investissements à long terme. Ayant diligenté une étude ces dernières années dont HockeyHebdo n\'a jamais eu communication, la FFHG avait rencontré à une époque plusieurs interlocuteurs proches de Canal+ qui s\'intéressaient à la création d\'une ligue professionnelle sur le modèle des principales ligues européennes. Depuis, plus rien ou plutôt cette seconde Coupe qui permet de répondre aux principaux clubs français qui demandent des évolutions depuis longtemps. Sans refaire le débat entre grands clubs avec moyens financiers et petits clubs qui ne peuvent suivre le même rythme, il serait intéressant de faire de sérieux calculs financiers afin de préciser les coûts additionnels pour le passage à une formule à double aller-retour qui semble la seule issue possible pour crédibiliser le hockey français à terme. Sur le même plan, oui les effectifs ne sont pas extensibles, mais quand vous avez 48 rencontres au lieu de 24, les jeunes jouent davantage, demandez aux internationaux français de Genève ce qu\'ils en pensent.
Ainsi, il faudra nous expliquer comment en Amérique du Nord, Australie, de très nombreuses ligues mineures, universités parviennent à organiser des calendriers qui comprennent des doubles allers-retours et des déplacements sans commune mesure avec ceux de Magnus. Notons au passage que le budget d\'une université comme Mc Gill pour le hockey est largement inférieur à celui d\'un club de Magnus, celui des franchises de LHJMQ étant globalement légèrement supérieur. Mais que font-ils donc ? D\'une part, ils font des déplacements qui prévoient plusieurs rencontres, d\'autre part, ils ne logent pas dans des palaces et disposent d\'accords avec des hôtels et restaurants pour des prestations économiques. Ainsi, qu\'est-ce qui interdirait au club de Caen par exemple de venir en Rhône-Alpes et de jouer à Briançon le mercredi, à Gap le vendredi et Grenoble le samedi avec des déplacements réduits ? Si certains voient dans ces déplacements de 4-5 jours maximum un traitement inhumain pour des joueurs professionnels, qu\'ils mesurent que c\'est bien le quotidien de la totalité, nous disons bien de la totalité, des athlètes des grandes ligues professionnelles nord-américaines et russes. Pour les hébergements et repas, un minimum d\'organisation lors de telles tournées peut permettre de réduire les frais sans naturellement nourrir les estomacs avec du pain sec et de l\'eau. Comment font les très nombreuses associations étudiantes qui proposent des longs week-ends pour animer leurs chorales, activités sportives et culturelles ?
On peut raisonnablement penser que même les clubs ayant le moins de moyens pourraient faire face à ces situations à la condition que les équipes fassent montre d\'organisation et de solidarité. Ajoutons que l\'on peut penser qu\'avec plus de rencontres de Magnus face à des adversaires différents, le public serait susceptible de répondre davantage présent avec derrière des rentrées financières un peu supérieures. Pour des Rouennais, voir deux fois Grenoble et Briançon en saison régulière serait clairement plus apprécié que de retrouver une nouvelle fois, pardon deux fois en Coupe de la Ligue, le voisin caennais que l\'on connaît par coeur.
C\'est pourquoi on ne peut que conclure que la Coupe de la Ligue nous semble une compétition qui va devoir tôt au tard céder sa place à une Ligue Magnus "nouvelle formule" qui soit plus en accord avec les grandes compétitions européennes. Le plus tôt sera le mieux, tant pour le hockey français en général que pour le public et les médias. Continuer dans cette direction est clairement se priver d\'une compétition capable de faire l\'unanimité, et rester dans l\'antichambre des grandes ligues. Gageons que le hockey français en élite mondiale a besoin d\'un championnat qui lui corresponde vraiment.
© 2026 Hockeyhebdo.com — Reproduction totale ou partielle interdite sauf autorisation des auteurs.