Avant cette quatrième manche en huit jours, les deux coaches ont pu ajuster leurs effectifs. Fort heureusement, il n’y a pas eu de blessés de part et d’autre, les compositions sont donc identiques à celles d’hier. Les Lynx démarrent très fort
Le coup d’envoi est gagné par les blancs et qui placent d’entrée plusieurs lancers. Les deux équipes se livrent à fond. Suite à un dégagement interdit des Vipers, les Lynx s’accaparent la rondelle, Ouimet récupère à la bleue, passe à Riffard qui lance et la crosse de Baskov dévie dans les filets (1-0 à 1’56).
Ce but a lancé le match les deux équipes se répondent coup pour coup. Zinger coupe une passe en pleine glace et lance au fond, Stiliadis manque de peu de se faire surprendre par Dupont et réussit à relancer. Les Vipers ne passent pas la rouge, sont contrés et provoquent un nouveau dégagement interdit. L’engagement est gagné par les Lynx, de sa bleue Lazzaroni cherche Maarni mais Stiliadis s’interpose proprement. Le palet reste rouge, « ça chauffe ça brule … » entend-on déjà. Un hors jeu plus tard, c’est le troisième dégagement interdit montpelliérain qui est sifflé. L’engagement est encore gagné par les Lynx. C’est quasiment la même action que le premier but mais sur l’autre aile : Baskov sert Riffard qui lance devant la cage et cette fois c’est Ouimet qui dévie au fond (2-0 à 5’10).
Ce but réveille les Vipers qui gagnent la mise et Lavrenov se précipite sur son aile, cherche Cermak au deuxième poteau qui ne peut couper la trajectoire. Sous les encouragements de leur copieuse tribune de partisans, ils repartent à la charge, cette fois Lavrenov trouve Cermak dans l’enclave, son lancer est bloqué par Zinger, au tour de Lobstein de lancer sans difficulté pour Blanc. C’est Valence qui ne réussit plus à sortir la tête de l’eau mais Pchalin trouve encore la botte. Sur l’une des rares actions depuis le but, un cafouillage entre Stiliadis et Nepveu de Villemarceau est bien près de profiter au doyen des Lynx, Alexis Pelisse qui dispute son dernier match de sa longue carrière en équipe première. Les Vipers repartent avec une passe abandon de Virtanen pour #88M à la rouge qui s’échappe et décoche un puissant lancer qui trouve le filet (2-1 à 8’46).
Au plus mauvais moment pour son équipe qui reprenait pied, et au plus mauvais endroit c'est-à-dire en zone offensive, Lavrenov fait une charge patins décollés qui l’envoie directement au cachot. Moins d’une minute après, Lazzaroni transmet à Baskov derrière la cage. Le meilleur buteur du championnat prend de la vitesse, traverse les trois lignes, transperce la ligne défensive héraultaise et déborde Stiliadis (3-1 à 10’03).
Sur l’engagement, Plénet feinte son adversaire contre la bande, prolonge pour Maarni, transmet la rondelle par-dessus Blanchy qui s’était couché et s’en va tromper un Stiliadis un peu statique. (4-1 à 10’19) dans un bruit assourdissant.
Jan Safar consomme son droit au temps mort pour tenter de sauver les Vipers au bord du gouffre. Bon coaching puisque ses protégés reprennent possession de la rondelle et tempèrent les ardeurs des Lynx, toujours redoutables dans leur tanière.
Le moment est crucial, dans une chevauchée solitaire typiquement vipérine, Cermak part, en deux contre un, tromper magistralement Blanc (4-2 à 13’06).
Il reste trois minutes au premier 20 quand une pénalité est sifflée contre les Lynx. Passé le petit vent de panique dans l’arrière défense drômoise, suite au lancer de Lobstein, les quelques tirs de Cagigos ne donneront pas des cheveux blancs au cerbère du même nom et la pénalité est tuée. C’est un dégagement interdit des Vipers qui suit le retour à égalité et qui permet à la doublette finlando-valentinoise de faire passer les frissons dans le dos des infatigables partisans montpelliérains. Cermak tentera encore sa chance en retirant le caoutchouc de la palette de Lavrenov sans succès. Et si Montpellier avait laissé passer là sa plus belle chance ?
Dans ce tiers, Le lynx a blessé la vipère d’entrée de jeu mais, comme aux matches précédents, les Vipers ont rapidement réagi et le reptile respire toujours. Valence tue le match en 7 minutes
Les Lynx se portent encore et toujours à l’attaque et les Vipers courent après la rondelle. Le premier palet gagné par Montpellier est au crédit de Virtanen qui donne à Lobstein qui s’échappe sur l’aile droite mais n’a pas d’autre alternative que de lancer de la bleue et c’est sans danger que Blanc solde l’affaire. Ce même Lobstein se retrouve à un contre quatre en zone offensive, fait un lancer désespéré, sans succès évidement. La combativité de l’ex-strasbourgeois est intacte, il va gratter le palet dans le coin, sert Coupard qui trouve son capitaine, la rondelle est blanche et c’est encore un tir de la bleue sans danger majeur.
Après une farouche bagarre devant le portier des Vipers, Montpellier enchaine deux dégagements interdits, ce qui signifie que ses joueurs restent sur la glace. C’est toujours une situation délicate dans une deuxième période, où le banc est loin, et plus particulièrement dans ce deuxième match du week-end qui se joue sur un rythme élevé. La ligne sera changée car le caoutchouc est sorti de l’aire de jeu. Hermant sert Dupont, ça ferraille autour de la cage et Amouriq glisse la rondelle dans le filet (5-2 à 26’47).
Les Vipers sont bien décidés à ne pas en rester là et se ruent à l’attaque façon hourra-hockey. Emporté par sa fougue, Perez se fait prendre par la patrouille pour un « retenir » sur la ligne rouge. Les Lynx s’appliquent, le palet traverse la grande glace du polygone glace en quatre transversales, d’une balustrade à l’autre, pour mettre Hermant en un contre zéro face à Stiliadis qui gèle le palet. Ouimet gagne sa mise, Dupont transmet à Baskov qui contourne la cage, feinte la passe dans l’enclave mais choisit Ouimet dont la reprise perfore le filet montpelliérain, assistance accordée à Lazzaroni (6-2 à 28’06).
Portés par le métronome et la mélodie de coucou suisse des « Let’go Vipers », ceux-ci continuent vaillamment à offrir une résistance tonique et une correction qui forcent le respect malgré le score !
Les Lynx sont eux transcendés, Pchalin transmet à Maarni qui s’envole pour esquiver Cermak, se présente en deux contre un avec Plénet qui propulse la rondelle dans la cage (7-2 à 32’33).
Guilbaut remplace Stiliadis. Moins d’une minute plus tard, ce même Maarni, lancé par Riffard traverse la glace à pleine vitesse le long de la rampe, trouve Plénet qui fait sauter la gourde de Guilbaut pour son premier lancer (8-2 à 33’38).
La rencontre se déroule dans le meilleur des esprits et le quatuor à rayures n’y est pas étranger. A titre préventif, il s’entretient avec les deux capitaines pour leur rappeler ses recommandations.
Il reste moins de trois minutes dans ce tiers médian quand Maarni, aidé par Lobstein, s’offre un axel parfait sur la ligne rouge. Le jeu continue avec la même intensité et Pelisse, du haut de ses dix huit saisons au VHG et qui ne rechaussera pas les patins l’année prochaine, se couche sur un lancer à la bleue de Leucht.
Dans ce tiers médian, les locaux ont infligé un 4-0 en 7 minutes, le match est tué.
Les consignes données à la pause aux joueurs de Valence par le staff, qui se souvient de la remontada d’Evry-Viry, étaient de rester concentrés en continuant à respecter l’adversaire. La messe est dite et ce tiers se résume en deux mots : fair-play et beau jeu. D’un côté, nous avons Montpellier qui aimerait au moins réduire ce score sévère. De l’autre, Valence, en équipe compétitive qu’elle est, ne veut pas baisser la garde. « Champions de France … » lancent les Œil du Lynx 24 dans le dernier 5. En guise de cadeau de fin, leurs préférés leur offrent ce magnifique dernier but : de sa ligne bleue défensive, #59V adresse une transversale lobée, pile dans la course de Dupont qui est parti dans le dos des défenseurs et qui s’en va tromper Guilbaut (9-2 à 56’08).
A la sirène, se déroulent des scènes que personne n’a vécu dans cette enceinte : les casques, les gants, les crosses partent en l’air, puis ces folles embrassades et ces chants de liesse. Dirigeants, partisans, bénévoles, parents et anciens joueurs jouissent pleinement de ces moments de liesse. Les Vipers et leurs partisans, rappelons le encore, sont conscients de vivre des moments rares : toute la tribune et tous les joueurs scandent « Montpellier Montpellier ! ».
C’est beau le sport !
Champion avec les manières, mais quelles manières ?
Avant de revenir sur le jeu proprement revenons sur les manières avec lesquelles Valence a construit son succès.
Il y a d’abord la manière calendaire : ce week-end, la liste des clubs au palmarès du hockey français s’est enrichi de deux noms : bien sûr, Valence aujourd’hui qui, l’année de ses 50 ans, s’offre son premier titre national sous nos yeux. Mais hier Bordeaux s’est adjugé sa première coupe Magnus, chère à Tristan Alric, en battant notre grand voisin des Brûleurs de Loups de Grenoble. Nous dirons que les Lynx ont fait preuve de bonnes manières (bien involontairement, soyons honnêtes), en laissant aux Boxers d’Olivier Dimet l’exclusivité de l’actualité nationale de ce samedi ...
Valence a gagné une reconnaissance et restera en 2026 l’équipe la mieux titrée du quart sud-est.
L’autre manière importante est l’image de notre sport dans un pays qui le connaît mal : rappelons-nous la finale de Coupe de France où un international jouant chez notre grand voisin a donné une bien triste image. La semaine dernière à Végapolis, les partisans montpelliérains m’évoquaient leurs qualifications laborieuses et violentes en 1/8ème de finale contre les Français Volants et en 1/2 finale face à Roanne. L’attitude des arbitres, ainsi que celle des quarante joueurs et des partisans pendant ces deux week-ends nous ont offert une qualité de spectacle de premier ordre. Merci à eux.
Enfin, il y a évidemment la manière sportive, pour faire un beau match, il faut deux belles équipes et ce fut le cas. Montpellier et Valence auront mis en lumière toutes les facettes de notre sport : vitesse, technique, beaux gestes, intensité, fair-play, suspense, talents individuels …
Nous l’avons souligné plusieurs fois dans ces articles, ces deux équipes, qui sont les meilleures de la division, nous ont offert une opposition de styles.
Honneur aux vaincus : Montpellier pratique un hockey moderne : joueurs puissants, jeu vif, physique, dynamique, tonique voire rugueux. Le schéma de jeu est assez lisible : on envoie droit devant de remarquables finisseurs sur des chevauchées solitaires qui enflamment Végapolis. Ce fut le cas encore ce soir les deux buts des Vipers. Ce style de jeu a montré son efficacité avec deux participations consécutives en finale, mais a montré ses limites sur la grande glace du Polygone.
A l’inverse, Valence base son jeu sur le collectif pratiqué par les quatre lignes d’attaque pendant tous les matches y compris la finale. Le jeu est construit avec une vraie circulation de palet que tout l’effectif pratique d’un bout à l’autre de la rencontre avec une alternance de temps forts et de temps plus construits. C’est le palet qui circule, pas les joueurs. Autour des finisseurs, c’est un collectif qui leur permet de s’épanouir. Il se crée une émulation où tous les joueurs prennent confiance et réussissent des choses incroyables comme Franck Amouriq qui inscrit son premier but en play-offs ce soir. Cette équipe construite par Jan Dlouhy depuis l’année dernière s’est forgé un véritable esprit d’équipe qui l’a rendue capable de traverser des moments difficiles et ils n’ont pas manqué dans ces play-offs.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, la montée en division 1 n’est pas compatible avec le budget du club. Il est donc possible, voire probable, que nous revivions des Valence – Montpellier en saison 2026-2027.