C’est une Étoile Noire amputée qui arrive sur la glace, les joueurs blessés lors de cette série se comptent à la pelle, et les Strasbourgeois vont devoir mettre les bouchées doubles pour pallier à ces nombreux absents.
Le match commence très fort et Rouen installe sa domination d’entrée de jeu. Le premier tir se solde par un premier but ! Bergstrom, servi par son compatriote Olsson, envoie un slapshot fulgurant. Hiadlovsky, bien campé sur ses appuis, se positionne pour bloquer ce tir mais le palet est dévié par Da Costa et prend une trajectoire annexe pour terminer sa course derrière le gardien strasbourgeois, médusé (0-1, 0’16). Les Rouennais, non contents d’ouvrir le score, déploient une fougue impétueuse en attaque, et maintiennent la pression autour des cages de l’Étoile Noire.
Il faut un peu de temps aux Strasbourgeois pour se plonger dans la partie, mais après quelques minutes de domination rouennaise, les locaux prennent finalement le contrôle du palet et s’installent durablement en attaque. Les arrêts de Lhenry sont somptueux, mais les assauts répétés des Strasbourgeois finissent par payer : un premier tir de Bougé de révèle infructueux, mais le rebond n’est pas couvert et c’est Cruchandeau qui bondit sur le palet et le glisse à la gauche de Lhenry pour égaliser (1-1, 4’34). Ce but est le résultat d’un travail d’équipe qui commence par la crosse de Tarantino, et prend une valeur toute symbolique car le jeune toulousain évoluait à Rouen la saison dernière.
L’égalisation ouvre grand le match, tout est à refaire et c’est Strasbourg tout entier qui reprend espoir. Cet espoir ne durera pourtant pas longtemps, rapidement démoli par Guenette et Brunelle. Le duo canadien monte en attaque. Ils sont pourtant couverts par la défense, mais leur coup de patin est très rapide et ils parviennent à se retrouver seuls devant le gardien. Guenette décale à Brunelle qui enfonce le palet au fond du but sans que le portier ne puisse faire quoique ce soit (1-2, 5’49).
Le rythme est effréné, comme attendu lors d’une finale, et Rouen assoit rapidement sa domination et déploie tout son talent. Les attaques strasbourgeoises sont nombreuses, mais les Rouennais mettent un soin tout particulier à démonter toute tentative de construction adverse. Tout au long de la période, les Dragons restent en défense et ne profitent souvent que de contre-attaques rondement menées pour se créer des occasions. Les avants strasbourgeois ne parviennent plus à surprendre la défense rouennaise, très groupée, en dépit de powerplays à leur avantage. Cayer est particulièrement attendu, et il est accompagné en permanence de défenseurs adverses. L’équipe locale tente tout pour décrocher l’égalisation, mais elle ne vient jamais. Rouen mène au score, mais les Strasbourgeois opposent une farouche résistance.
Photo : Christope Moreau
Les arbitres de la finale
La seconde période est entamée avec moins d’entrain que la précédente. Les Strasbourgeois ont les jambes lourdes, très lourdes. Il s’agit ce soir de leur 15ème match en un mois. En face d’eux, les Rouennais mènent au score et gèrent logiquement le match sans trop se découvrir. Dans ce dessein, les Dragons sont compacts en défense, et il est difficile pour les Strasbourgeois de franchir le rideau de joueurs bien campés devant les cages rouennaises. Cela contrecarre les plans de l’Étoile Noire, les poussant parfois à la faute presque fatale ; les palets perdus ou interceptés sont rapidement récupérés et transformés en occasions franches et parfois spectaculaires. Alors que la mi-match approche, Salmivirta contrôle le palet derrière la cage de Strasbourg. Il envoie un centre bien placé mais le palet est perdu et rebondit entre les crosses des défenseurs. Dans la confusion, c’est Da Costa qui s’en empare et le faufile entre les jambes du portier pour creuser l’écart au score (3-1, 30’06).
Tout semble perdu pour Strasbourg, et pourtant les hommes de Daniel Bourdages ne lâchent rien, en dépit de la fatigue grandissante. Ils parviennent à mettre les Rouennais en difficulté et en insistant un peu, à remonter au score seulement 30 secondes plus tard. Marcos décoche un tir foudroyant, depuis la bande, de biais. Le tir est cadré mais le gardien est sur le coup et s’apprête à le parer. Lehtisalo, d’un revers bien senti, dévie légèrement le palet pour l’envoyer au fond des filets (2-3, 30’36).
Le but du finlandais redonne du baume au coeur au camp strasbourgeois, mais les Rouennais sont venus pour gagner et font tout pour repartir avec la coupe Magnus. Ils parviennent à accélérer le rythme et remettre une pression importante sur les cages adverses. Le tarif est le même qu’au premier tiers-temps : un but des locaux, deux buts des visiteurs. Ce dernier ne fait pas exception. Ainsi, dans une action qui rappelle le second but de Rouen, Desrosiers et Olsson se démarquent, prennent de vitesse la défense, et se retrouvent esseulés devant le gardien. Ce dernier ne peut rien faire devant la passe d’Olsson à Desrosiers qui plante un shoot impressionnant, un cheveu au-dessus de la mitaine de Hiadlovsky (2-4, 33’28). Cette action annule les efforts strasbourgeois lors du but précédent. L’écart se maintient à deux buts, le jeu se fige, tout comme la défense Rouennaise, de plus en plus campée sur ses appuis en retrait. Les Dragons construisent beaucoup moins leurs attaques, ils se contentent de récupérer les palets perdus et les contres pour aller marquer.
Photo : Christope Moreau
Les Dragons champions !
Le dernier tiers s’illustre par son manque de saveur. Autant les équipes se sont livrées en début de match et ont offert une pléthore de buts, autant le dernier tiers est exempt de réel jeu offensif. Les dragons n’attaquent plus car ils n’en ont plus besoin, l’Étoile Noire n’attaque plus car elle ne peut plus. La fatigue, le retard conséquent au score, et surtout l’infranchissable barrière humaine de défenseurs Rouennais empêchent toute construction strasbourgeoise.
La défense rouennaise se démène tant et si bien que de nombreuses pénalités pour obstruction sont appelées contre les Dragons. Ils déploient tout de même une ferveur dans la défense, et ils démontrent une fois encore leur incontestable supériorité lorsque, en double powerplay strasbourgeois, ils parviennent à tout bloquer, tout parer, et même à être menaçants en contre à trois ! Le jeu reste tout de même très rapide et très dynamique, en dépit de la défense solide et de la fatigue qui s’installe insidieusement dans les organismes. Le palet est très disputé, sautant sans cesse de crosse en crosse.
L’action se déroule en majorité devant les cages rouennaises, mais la vitesse et l’agilité des Dragons leur permettent de ne jamais être réellement inquiétés. Les joueurs de l’Étoile Noire jettent tout ce qu’il leur reste de force dans la bataille, à tel point qu’ils auront tout le mal du monde à retrouver leur souffle après le coup de sifflet final. Le jeu, en fin de match, est par conséquent bien moins vivant, bien moins rapide et surtout, moins construit. Il faut attendre la dernière minute de jeu pour voir sortir le gardien de Strasbourg au profit d’un attaquant supplémentaire. Même à 6, la tâche est ardue, quasi-impossible, avec deux buts d’écart, et l’horloge décompte inlassablement les dernières secondes avant le couronnement des Dragons. Un ultime tir est décoché de très loin en direction de la cage vide, mais le palet passera à deux doigts du montant du but au moment où résonne le coup de sifflet final. C’est ainsi qu’après 3 manches sèches de finale, 9 matchs de playoffs au total, Rouen est déclaré une fois encore champion de France 2011, réalisant ainsi le rare exploit de remporter le championnat deux années consécutives, et d’emporter le doublé coupe-championnat dans la même année. Les supporters rouennais sont en liesse, tout comme les joueurs qui oublient rapidement fatigue et frustration. La distribution des médailles et de la coupe se déroule sous les acclamations du public, rouennais comme strasbourgeois, qui applaudissent à l’unisson deux grandes équipes du hockey français : Rouen, dont le talent et la vivacité n’est plus à conter, et Strasbourg, qui côtoie enfin l’élite, après avoir créé la surprise - toute attendue - en renversant les prévisions et bouleversant le classement. Les joueurs de l’Étoile Noire sont exténués, et la déception de n’avoir pas su vaincre Rouen est palpable, mais la joie du chemin exceptionnel parcouru jusqu’au titre de vice-champion de France prend rapidement le dessus. Les Strasbourgeois célèbrent cet accomplissement comme il se doit, et le club des supporters est convié à se joindre à la fête sur la patinoire.
C’est donc dans un esprit de fair-play et avec grande sérénité que les deux équipes se serrent la main, en se promettant de se retrouver l’année prochaine, si possible au même niveau, ou même plus haut ! Peu importe si l'on est jaune et noir, ou noir et jaune, ce soir c'est la beauté du hockey qui l'emporte !