La sixième rencontre de cette série finale entre Grenoble et Rouen débutait dans une patinoire pleine, avec certaines interrogations sur la forme physique des locaux qui comptaient tout de même cinq rencontres de playoffs de plus qu'un Champion de France jamais contesté sur sa glace lors de l'explication du mardi précédent. Des considérations qui, malheureusement pour Grenoble, allaient prendre tout leur sens.
Photographe Laurent Lardière
Les Dragons Champions de France
Des Dragons en contrôle.
Le début de période voit les deux équipes proposer plusieurs transitions, Grenoble parvenant à lancer sur le but d'un Lhenry dont la seule présence paraît décontracter quelque peu une défensive qui n'est pas le point fort de l'équipe cette saison. Cependant, ces quelques éclats ne sont qu'un feu de paille et, au fil des minutes, les Normands font circuler le palet, occupent la glace, et prennent l'ascendant sur des Brûleurs qui semblent moins bien physiquement que lors des deux soirées précédentes à Pôle-Sud.
Grenoble va alors s'en remettre à Raibon pour repousser des palets pas souvent très dangereux, mais dont la fréquence souligne la supériorité des visiteurs qui sortent de leur zone sans encombre pour ensuite proposer des attaques-défenses de qualité sur un rythme assez tranquille.
Sans visiblement disposer de ce surplus d'énergie qui caractérisait leurs précédentes sorties, Grenoble peine sur les engagements, et se heurte assez systématiquement à mi-glace à une défensive bien en place qui peut relancer parfois de manière efficace. Englués dans un collectif rouennais qui joue juste, Grenoble court trop souvent après le palet et ne se crée que quelques contres qui terminent généralement le long des bandes.
La période, pratiquement à sens unique, va pourtant voir Raibon repousser l'échéance à plusieurs reprises, mais le gardien grenoblois, auteur d'un match très sérieux ce soir, ne pourra rien sur un centre de Desrosiers, élu fort justement meilleur joueur des playoffs, lequel trouve Thinel qui venait de derrière la cage et tournait alors le dos à Raibon. Après un superbe contrôle intérieur, le Canadien enchaîne alors d'un revers fulgurant qui termine au fond des filets et souligne la mainmise rouennaise sur la rencontre à 15'12. (0-1)
Avec un rythme assez lent et un engagement physique en rapport, la rencontre n'a rien à voir avec les deux précédentes en Isère, et l'impression d'une maîtrise rouennaise et donc d'une rencontre à sens unique commence à s'installer chez un public un peu amorphe.
Si l'on excepte un lancer violent d'Aquino en fin de période, trop haut mais qui pouvait tromper Lhenry en cas de cadrage-lucarne, les dix dernières minutes n'ont pas vu les Brûleurs montrer grand-chose et on ne peut que repenser à ce palet rouennais venu rebondir sur la lucarne d'un Raibon battu pour considérer que l'addition pouvait être plus corsée.
Photographe Laurent Lardière
Poteau !
Grenoble n'a plus d'essence dans le moteur.
La seconde période voient les arbitres siffler quelques fautes après 20 premières minutes pratiquement vierges à l'exception d'une 2' de Sivic. Des Grenoblois qui termineront la rencontre avec six mineures contre une seule pour des visiteurs qui s'en sortent très bien, ceci sans que l'on puisse crier à l'injustice évidente.
Au second jeu de puissance rouennais, les Normands, en transition sur la glace, voient un palet de Desrosiers toucher la base du poteau de Raibon à 34'35, et c'est Mallette qui pousse au fond pour un retour aux affaires déjà confirmé le mardi précédent. (0-2)
Un nouvelle pénalité contre Dusseau va voir Rouen confirmer son réalisme avec le doublé de Mallette à 34'35. Un palet que l'on retrouve sous le corps de Raibon après qu'il ait franchi la ligne selon les arbitres. (0-3) Un épisode pas franchement du goût du banc grenoblois qui appelle l'arbitre, certains joueurs contestant par ailleurs la validité d'un but qu'il ne nous a pas été donné de voir en video.
Le trou est fait et le match commence à flotter entre des Rouennais qui gèrent l'affaire, un peu trop sans doute, et des Grenoblois qui font ce qu'ils peuvent, mais auxquels il manque clairement une quatrième et cinquième vitesse dans leur automobile.
Après une troisième pénalité tuée par Grenoble, les Brûleurs vont se créer plusieurs occasions, dont la plus significative est un tir de pénalité après que Le Blond se soit fait faucher irrégulièrement alors qu'il filait seul s'expliquer avec Lhenry. Une confrontation à l'avantage du gardien rouennais sur un duel mal négocié, il est vrai, par l'attaquant des Brûleurs qui, comme ses partenaires, n'avait pas ce soir ce petit plus physique pourtant indispensable pour exister face à Rouen.
Malgré quelques autres possibilités face à des Rouennais moins en verve en fin de période, le retour au vestaire paraît marquer la mise en berne du drapeau grenoblois, car on ne voit vraiment pas comment les joueurs de coach Dufour pourraient revenir dans une rencontre disputée sur un rythme aussi lent, et avec une fatigue bien visible
Gestion des affaires.
La dernière période verra les deux équipes se créer quelques occasions, mais le sentiment que la messe est désormais dite domine à Pôle-Sud. Grenoble aura ainsi quelques lancers lointains par, entre autres, Dufresne et Steiner mais, malgré quelques déboulés des attaquants comme Ouimet, c'est encore Rouen qui proposera plus de lancers, tout en se montrant très prudent en terme de repli défensif.
Le chronomètre tourne et on va bien avouer que l'intensité du match reste faible, la seule curiosité restant de savoir si Grenoble va pouvoir inscrire un but.
Au contraire, c'est Rouen qui, à cage vide après la sortie, surprenante pour nous vu le score, de Raibon, va en terminer avec un bon service de Mallette pour Lamperier à 59'25. 0-4.
Les Rouennais peuvent alors légitimement recevoir la Coupe Magnus au terme d'une dernière période sans danger pour eux.
Photographe Laurent Lardière
But de Thinel
Titre, constats et questions.
Visiblement marqué physiquement, Grenoble s'est rendu à la supériorité rouennaise au terme d'une rencontre assez terne, et disputée sur un rythme lent qui convenait parfaitement aux Dragons qui ont eu ainsi 42 lancers contre 28 pour Grenoble.
Avouons-le, la conclusion ne peut qu'être de saluer la maîtrise rouennaise avec une domination pleine et entière, fort bien gérée par des Normands en confiance. Outre le talent offensif incontestable, le jeu collectif a une nouvelle fois montré son efficacité, avec des attaques-défenses intelligentes et un jeu de transition sans faiblesse ni surprise. Bousculée par des Brûleurs qui patinaient lors des matches précédents, une partie des défenseurs rouennais a, ce soir, passé une soirée plus tranquille, la présence de Lhenry calmant sans doute certains doutes. Pour cette équipe favorite pour le titre dès le début de saison, c'est une fort belle année avec, comme seul revers, une finale perdue à Bercy face à Dijon, et une non présence à Méribel que l'on aurait tendance à mettre sur le compte du désintérêt croissant de pas mal d'équipes pour la Coupe de la Ligue. Champions d'Europe, même si les playoffs auront sans doute été plus difficiles que ces trois rencontres de finale à domicile, dans une compétition dont la formule est jugée bien discutable par plusieurs joueurs rouennais dont on devra saluer la sincérité et la lucidité... Des Rouennais qui mériteraient de participer à une vraie Coupe des Champions toujours absente des projets d'une Fédération Internationale pitoyable sur ce dossier. Une vraie Coupe d'Europe des Champions qui serait sans doute la compétition à la hauteur de cette équipe qui n'a clairement plus rien à prouver en France. Car, outre le fait qu'il est clair que le meilleur a gagné, il est évident que Rouen dispose d'une marge en France quand la machine tourne à plein régime, ce qui n'était sans doute pas le cas face à Amiens au début des séries. En tout cas, sur cette finale, Grenoble était sans doute plus loin de Rouen qu'on veut bien le penser, et ceci même si le rythme infernal de certaines rencontres a posé de sérieux problèmes aux Dragons.
Qui peut aujourd'hui considérer avant même d'avoir connu le marché des transferts que Rouen n'est pas le candidat le plus sérieux à sa succession ? Avec un sixième titre en douze saisons et surtout le troisième consécutif, Rouen est hégémonique dans le hockey français, ce qui peut tout de même soulever certains problèmes. Quand, en toute humilité, Fabrice Lhenry répond ce soir au micro (interview à venir) que Rouen a eu tout de même des problèmes cette année avec une défaite à Bercy et un mauvais mois de février, on a envie de lui demander d'en laisser un peu pour les autres... Plus sérieusement, heureux Rouennais dont on peut souligner que le travail et le talent paye à tous les niveaux, sportifs et extra-sportifs, avec le budget qu'il faut ,diront justement certains, mais le fait qu'il y ait depuis trois ans Rouen et les autres est aussi histoire de structuration et de projet sportif. Face à des Grenoblois qui étaient coriaces, beaucoup plus que les Strasbourgeois l'année précédente, l'ogre n'a pas tremblé sur ses bases malgré l'absence de son gardien titulaire. Qui peut aller chercher Rouen sur une série en 7 l'année prochaine? Pour le moment personne avec sans doute un bémol pour Grenoble, et c'est bien le problème quelque part pour la diversité du hockey français.
Qui pouvait dire avant Noël que Grenoble irait en finale était soit un supporter utopiste, soit un génie méconnu. En tout cas, les Isérois ont su digérer la dinde près du sapin pour proposer un retour aux affaires sans équivalent en Magnus depuis plus de dix ans. Comment ? Déjà grâce à des jeunes qui ont su hisser leur niveau de jeu à l'image des cadres, à une condition physique que l'on peut acquérir en début de saison en se faisant plus mal que les autres équipes, et enfin avec un mental qui a bien servi, en particulier sur l'ultime rencontre à Dijon. Quand on sait que les objectifs du club sont bien de garder un maximum de joueurs pour la saison prochaine, démarche facilitée par les résultats et le fait que les jeunes sont issus pour la plupart de Grenoble, on se dit que l'affaire devrait être intéressante, car une année de plus au compteur veut dire davantage d'expérience.
Que faut-il aux Brûleurs pour être plus forts et pourquoi pas avoir une nouvelle chance face à Rouen ? Outre l'expérience, on évoquera un fond de jeu mieux en place et appliqué avec davantage de constance, ainsi qu'un banc utilisé de manière plus systématique, pourquoi pas avec des équipes spéciales ? Des objectifs qui semblent réalisables avec un groupe qui possède déjà un certain vécu.
Il est encore trop tôt pour évoquer les évolutions au sein de l'effectif, lesquelles seront, à n'en pas douter, très attendues par le public grenoblois. Hormis le cas de Quemener, dont on ne voit pas franchement pourquoi il resterait, et sans doute celui de quelques joueurs étrangers comme Aquino dont on ne sait pas trop quoi penser au final, le groupe devrait être assez stable. Un affaire à suivre à laquelle nous consacrerons prochainement un article.
En foot vous aviez ce proverbe:: en foot, 11 joueurs jouent contre 11 autres et les allemands gagnent à la fin. (sans doute pas les mots exacts mais vous avez compris le sens)