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Hockey dans le Monde
Mathis Dufour : parcours d’un jeune joueur qui a traversé l’Atlantique
À 19 ans, Mathis Dufour a clôturé sa deuxième saison chez les Brooks Bandits en BCHL, ligue junior canadienne, avec à la clé un trophée soulevé. Né à Briançon dans une famille de hockey puis formé chez les Brûleurs de Loups à Grenoble, le jeune attaquant rêve maintenant de devenir professionnel mais surtout, de participer aux prochains Jeux Olympiques 2030, en France.
📅 31/08/2026 à 03:46 ✍️ Laura Petit 📍 Brooks, Alberta, Canada
Comment t’es-tu retrouvé à donner tes premiers coups de patin ?

Je suis né à Briançon lorsque mon père jouait professionnel pour les Diables Rouges, à l'époque. J’ai baigné dans le hockey depuis que je suis tout jeune. Tous les jours, j'allais à la patinoire avec mon père et je le regardais jouer. Et puis après, il a été transféré aux Brûleurs de Loups de Grenoble et est devenu coach. Donc j'ai toujours été autour de la patinoire. Et puis naturellement, je suis tombé en amour avec le hockey. Depuis, il n'y a pas un jour où je ne joue pas au hockey.

Qu'est-ce que tu aimes dans ce sport ?

Je pense que c'est la vitesse du jeu, puis il y a beaucoup de tactique. Je trouve ça très intéressant, toute la technique… C'est un sport très très technique avec le palet, les passes, les shoots, etc. Et puis, j'aime bien la cohésion avec les coéquipiers. C'est de toujours être entouré de coéquipiers qui deviennent tes amis puis tes amis pour la vie, surtout. Je pense que c'est principalement ça.

Tu as la double nationalité franco-canadienne, c’est ça ?

C'est ça, ouais. Pour la plupart de ma vie, j'avais seulement le passeport canadien, par mes deux parents. Et puis à seize ans, je me suis procuré le passeport français. J'ai toujours vécu en France, donc naturellement, pour moi, la maison, c'est plutôt la France. Mais [c’était] aussi pour pouvoir jouer en équipe nationale française.

On te voit apparaître en équipes de France en U18 et U20. Comment la sélection s'est-elle faite en équipe de France ?

Quand j'étais plus jeune, il y avait les sélections sud-est. C'était toutes les sélections avec tous les clubs du sud-est de la France. Et puis après, il y a eu les premiers rassemblements en équipe de France et les coachs d'équipe de France m'incitaient justement à prendre le passeport français. J'ai grandi en France et j'ai toujours joué avec des joueurs français. Pour moi, c'était naturel de vouloir jouer pour la France. [...] Puis j'ai fait deux championnats du monde U18, et j'ai même fait trois championnats du monde U20 avec l'équipe de France. Ça s’est plutôt bien passé, je suis content d'avoir fait ce choix.


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Fabien Baldino - @fabdl19
Qu'as-tu appris à Grenoble ? Quel héritage as-tu de toutes tes années de formation à Grenoble ?

Je pense que je peux dire que j'ai tout appris à Grenoble. Depuis que j'ai trois ans jusqu'à mes dix-sept ans, j'ai joué au hockey à Grenoble. J'ai grandi, j'ai évolué en tant que joueur et que personne aux Brûleurs de Loups.
Je pense que j'ai appris à toujours travailler fort, toujours tout donner à chaque match, à chaque entraînement. En allant dans les différentes catégories, on avait beaucoup d'entraînements, que ce soit sur la glace ou hors-glace. Toujours donner son meilleur, c'était la devise aussi. Dans la salle de muscu ou sur la glace : toujours se donner à fond pour pouvoir progresser au maximum.

Et également, en tant que joueur des Brûleurs de Loups, c'est toujours gagner aussi. On a toujours été dans les meilleures équipes françaises. Je pense que cette culture de la gagne m'a développé aussi. En regardant en arrière sur mes années à Grenoble, je n'ai que du bonheur et du positif à en tirer.

[...] Si j'avais pas eu ce bon développement à Grenoble, je n'aurais jamais pu partir à l'étranger. [...]

On voit tellement de joueurs y passer puis, parfois, devenir professionnels. Comment fait-on pour se démarquer de tout ce groupe de joueurs, qui sont aussi tes potes ? Comment gère-t-on cette dualité-là ?

J'ai rencontré des joueurs avec qui j'ai grandi. C'est un peu une rivalité, une concurrence interne. Tout le monde se pousse vers le haut pour devenir meilleur. Tout le monde, au final, veut être le meilleur. C'est ce qui est bon aussi, ce qui aide à progresser, cette concurrence interne. Quand j'étais petit, j'étais toujours dans les meilleurs joueurs. Je peux citer des noms comme Noa Nsonsa-Kitala ou Robin Guidoux, qui sont des très bons joueurs avec qui j'ai grandi. On s'est toujours poussés les uns les autres pour devenir des meilleurs joueurs. Je pense que c'est ça, la recette. On est potes, on veut le bonheur pour l'autre. Aux entraînements, on se pousse un peu. Des fois, ça se fait des petits coups, mais c'est toujours bon enfant. On veut juste progresser. On est toujours des gagneurs. On veut toujours gagner.

Quand vous êtes dans ce pôle de formation, rêvez-vous tous de devenir joueurs professionnels ou y en a-t-il qui sont là pour l'expérience ?

La plupart veut devenir professionnels. Avec le pôle aussi, on allait tous à l'école ensemble. On avait aussi cette formation scolaire à côté qui nous aidait à avoir un double projet sportif et scolaire qui nous aide à rester sur le droit chemin si jamais le hockey ne fonctionne pas. Après, je pense que d'autres avaient d'autres envies. Ils aimaient juste jouer au hockey parce que c'est aussi une passion à la base.

Mais toi, ton envie ?

Depuis tout jeune, j'ai toujours voulu devenir professionnel et vivre du hockey. Comme je l'ai dit, c'est une passion et j'ai beaucoup d'amour pour le hockey. C'est aussi pour ça que je veux continuer le plus possible pour en faire mon métier.

Comment te sens-tu par rapport à ta famille et la pression que cela pourrait apporter ?

Mes oncles, mes grands-parents ont tous été joueurs professionnels de hockey. Je dirais plus que c’est une fierté, je ne dirais pas que c’est une pression. Même mon père me pousse tous les jours à devenir meilleur. Il ne me met pas de pression, il me dit juste de m'amuser et de faire de mon mieux. Je pense que le plus important, c'est toujours de faire de son mieux, que ce soit de façon quotidienne, à la salle de muscu, sur la glace. Il connaît mon envie de devenir professionnel. [...] Je suis très fier d'avoir ce père à mes côtés. Il a une bonne carrière, il a beaucoup de bons conseils à me donner, sur le jeu à l'étranger, par exemple. [...]


 
“On est à la patinoire de huit heures jusqu'à seize heures. Après, tu rentres, tu manges, tu te reposes. Ça repart le lendemain”

[Avant sa carrière en Ligue Magnus, Jean-François Dufour, le père de Mathis, a passé la majorité de sa carrière en Amérique du Nord, en passant par la NCAA, l’ECHL ou rapidement par l’AHL, entre autres.] C’est lui qui t’a aidé à faire cette transition du jeu français au jeu canadien ?

Il a joué en NCAA. Il m'a conseillé sur pas mal de choses, [m’a expliqué] comment était aussi la compétition ici. C'est un peu différent de la France, mais on reviendra plus tard sur ça. Mais c'est sûr que lui, il m'a aussi poussé à me développer, à partir à l'étranger pour découvrir un peu cet autre univers. C'est sûr qu'avec son expérience… Et puis lui qui a joué en NCAA, ce qui est aussi mon objectif pour plus tard. [...]

C'est lui qui t'a encouragé à venir en Amérique du Nord, au Canada donc ? Comment ça s'est passé ?

J'ai beaucoup d’admiration pour mon père et sa carrière. Voir que lui a joué en NCAA m’a toujours donné l'envie, depuis que je suis tout jeune, de faire pareil. C'est vraiment un bel endroit pour progresser et avoir un diplôme universitaire, mais aussi se développer en tant que joueur de hockey. Il m'a proposé d'aller au Canada pour se faire repérer avant d'aller à l'université. C'est une belle option parce que c'est sûr que c'est compliqué de faire directement le pont entre jouer en France et entrer dans une université nord-américaine. J'ai eu de l’aide avec des connaissances qu'il avait au Canada pour me conseiller également.

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Lisa Klassen - @kreations_photographyy
Comment s'est passée la rencontre avec cette équipe des Brooks Bandits en BCHL ?

C'est plutôt marrant parce que c'était la saison avant que je parte au Canada. J'ai fait un stage avec l'équipe de France U20 à Karlstad, en Suède. Avec cette équipe de France U20, j'ai joué contre les Brooks Bandits. C'est assez marrant, j'avais marqué dans ce match contre eux. Apparemment, ils m'avaient déjà repéré à ce petit tournoi. À la fin de la saison, je cherchais à aller en BCHL.

Pendant l'été, je viens souvent voir ma famille au Québec. Mon oncle fait partie d'une agence de joueurs de hockey. Il m'a mis en contact avec un agent. C'est là que ça s'est fait pendant l'été, fin juillet. Avant le début de la saison, c'était plutôt tard. [...]

Mon agent québécois avait contacté les Brooks Bandits. Ils ont sauté sur l'occasion. Ils se rappelaient de moi, de ce tournoi, apparemment. C'est comme ça que ça s'est fait. Après, j'ai été en contact avec eux et ils étaient excités de m'avoir dans leur équipe. À la base, je devais retourner à Grenoble pour aller jouer à Chambéry. Finalement, j'ai changé à la toute fin de l’intersaison.

Comment est la vie en Alberta ? Tu connais forcément bien le Québec, mais l'Alberta, c'est la partie anglophone du Canada.

J'habite dans une famille d'accueil. [...] Ils me nourrissent et je suis sous leur toit. La vie en Alberta, c'est sûr que ça change de Grenoble qui est plutôt une grande ville. Quand je venais au Québec, j'étais autour de Montréal. Mais Brooks, c'est une petite ville de campagne, au milieu de l'Alberta où il n'y a pas grand-chose à faire. Après, j'étais là-bas pour jouer au hockey. On est à la patinoire de huit heures jusqu'à seize heures. Après, tu rentres, tu manges, tu te reposes. Ça repart le lendemain.

La vie là-bas, c'était un peu différent, surtout parler anglais. Plus je parlais anglais, meilleur j’étais. Ce n’était pas si pire la vie là-bas. J'ai toujours été bon en anglais. La première langue de ma mère, c'est l'anglais. Elle m'a toujours parlé en anglais depuis que j'étais petit, ça m'a aidé. C'est sûr que mon anglais n'était pas parfait au début parce que je ne le parlais pas souvent en France. Au fur et à mesure, je me sentais de plus en plus à l'aise mais je suis toujours plus à l'aise en français qu'en anglais.

Comment les déplacements, parfois en avion, à travers les provinces de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, influencent ta préparation ? Comment abordes-tu ton match ensuite ?

Il n'y a pas tant de différence que ça. Par exemple, quand on a un déplacement de neuf heures, on va partir la veille à dix heures du matin. On passe toute la journée dans le bus. C'est sûr que t'as les jambes un peu engourdies. Après, tu arrives à l'hôtel, t'essaies de faire un peu de vélo pour dégourdir tes jambes. Le lendemain, c'est pas si mal. Quand tu prends l'avion, tu te sens cool un petit peu. Quand on prenait l'avion, on avait quelqu'un de l'équipe qui conduisait un camion avec tous nos sacs. T'arrivais juste avec ton sac à dos à l'aéroport et tu prenais l'avion. C'était plutôt cool, c'est mieux que de prendre le bus [mais] je trouve que ça ne change pas tant que ça. [...]


 
“Tout le monde est à zéro. Il va falloir que tu travailles pour tout ce que tu veux avoir”

Parlons un peu du hockey nord-américain. Quelles sont les premières différences entre le hockey français et le hockey canadien qui te viennent à l’esprit ?

La première chose [qui m’a marqué] à mon premier match, c'était la vitesse d'exécution. Forcément, la patinoire est plus petite, donc tout arrive plus vite. C'est vraiment la vitesse d'exécution, toutes les passes, t'as toujours un joueur sur toi. T'as pas autant de temps que tu pourrais avoir en France, par exemple, quand t'es en zone offensive ou sur toute la patinoire. [...] Il faut que tu sois toujours prêt et que t'aies toujours la tête levée pour anticiper le prochain jeu. Je pense que c'est ça, la plus grosse différence.

Après, pour revenir sur cette patinoire plus petite, t'as des gros bonhommes qui viennent te frapper dès que t'as le palet, donc c'est sûr qu'il faut être à l'affût de tout ce qui se passe autour de toi. Il faut être prêt, je crois. C'est ça, le plus gros truc, c'est de toujours anticiper le prochain jeu et de regarder de partout avant de recevoir le palet.

Que penses-tu de la physicalité du jeu nord-américain ?

Je dirais que c'est quand même plus physique. [...] Mais je trouve que dans tout ce qui est endurance, force, c'était plutôt équilibré. [...] Mais je pense que, oui, ils avaient plus l'habitude de frapper et d'être frappés que nous les Européens. Ça, c'est sûr.

On a parlé de la vitesse des exécutions et du côté physique. Y a-t-il une autre différence notable dans le jeu ?

Je pense que dans le jeu, dans le championnat, c'est la concurrence entre les équipes. L'équipe au plus bas du classement peut battre la première si elle joue bien. Toutes les équipes se valent un petit peu. Par exemple, dans le championnat français, à Grenoble, tu savais que des matchs, tu allais forcément gagner. C'est une différence. Chaque soir, tu donnes ton meilleur si tu veux gagner. Même plus si tu veux rester dans l'alignement dans ton équipe. Il faut qu’à chaque match, tu donnes ton meilleur si tu veux jouer, si tu veux avoir plus de temps de jeu aussi. Dans notre équipe, par exemple, on avait vingt-six joueurs, donc t'as quatre ou cinq joueurs qui sont dans les gradins à chaque match. Ce n’est pas une obligation mais tu dois donner ton meilleur à chaque match pour rester dans l'alignement. Même à chaque entraînement. Par exemple, ma première année à Brooks, j'étais le plus jeune attaquant de mon équipe, et c'est sûr que chaque entraînement, chaque match, c'était vraiment une bataille pour rester dans cet alignement et pour essayer de gratter du temps de jeu à chaque fois. Donc je dirais aussi cette concurrence et cette rivalité que t'as forcément avec tes coéquipiers. 

Avais-tu plus de pression ?

Ouais, j’avais un peu plus de pression. T'as peur de faire des erreurs, ce qui est dommage parce que des fois, tu tentes moins de choses. Mais après ça va avec la rivalité et le jeu nord-américain, t'as énormément de bons joueurs. C'est à toi de faire tes preuves et d’être bon dans les matchs que tu joues et avec les opportunités que t'as dans les matchs.

Comment as-tu fait face à cette adversité ?

C'est sûr qu'au début c'est compliqué parce qu’à Grenoble, j'étais souvent dans les meilleurs joueurs et j'avais tout le temps que je voulais. C'est un choc parce que je savais qu'il y allait avoir cette rivalité, cette concurrence, mais c'est sûr que des fois, tu es là, tu fais deux matchs d'affilée dans les gradins. Mentalement, des fois, c'est compliqué. Mais c'est sûr que c'est ma famille qui m'a beaucoup aidé, je les ai appelés et mon père lui aussi a vécu ça quand il était en Amérique du Nord. Avec l'aide de mes parents, ils croyaient en moi, ça m'a beaucoup aidé à continuer de travailler le plus fort que je pouvais, de toujours tout donner. Je savais que le travail allait payer et que ça allait bien se passer pour moi. Je pense que c'est juste l'aide de mes parents et de toujours croire en moi qui m'ont fait avoir ce temps de jeu.

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Lisa Klassen - @kreations_photographyy

Qu'est-ce qu'on vous explique au début de la saison quand vous arrivez dans une nouvelle équipe comme ça ?

À Brooks, c'est une culture différente. Il y a vraiment une grosse culture de gagner chaque année. Ça fait six ans d'affilée qu'ils gagnent leur championnat. Mais sur le premier jour du camp, on est quarante joueurs et ils nous disent que peu importe qui tu es, si tu jouais déjà à Brooks la saison passée, personne n'a sa place dans l'équipe. C'est le camp, tu montres ce que t’as. Tout le monde est à zéro. Il va falloir que tu travailles pour tout ce que tu veux avoir et ce que tu mérites au final. [...] Eux, ils se disent qu’ils veulent gagner donc ils feront tout ce qui est nécessaire. Ce sera avec toi, bah ça sera avec toi puis si t’es pas bon ou si tu fais la tête, bah tu seras sur le banc ou on t’enverra dans une autre équipe. Donc c’est sûr que ça change un petit peu de la France. Puis même surtout de voir tous les échanges. Ma première année, la moitié de l'équipe s'est fait échanger ou est partie. J’avais des potes au début de l'année et après, ils sont dans une autre équipe. C'est plus business, je dirais, qu’en France.

Comment t’es-tu senti quand tu as vu tes potes être échangés ?

Pour moi, c'était nouveau. Tu sais, tout le monde était habitué. Même ceux qui se faisaient échanger n’étaient pas choqués. Ils étaient en mode : « c'est comme ça ». C’est sûr que des fois, t’es un peu déçu parce que tu perds un ami. Mais c'est comme ça. Si c'est pour le meilleur de l'équipe, c'est bien.

Comment t'es-tu adapté concrètement à cet environnement ?

Je pense que c’était vraiment d’essayer d’avoir un cœur de pierre, essayer d'être moins sur les émotions. J'ai essayé d'être content d'être là et de travailler. C'est répétitif mais c’est surtout travailler. T'as moins de temps de jeu, bah après l'entraînement, tu vas faire de l'extra. Tu vas essayer de t'améliorer et montrer au coach que tu as envie de plus et que tu mérites plus. C'est vraiment des trucs comme ça. Par exemple, si tu ne joues pas, ne pas faire la tête. Essayer de rester positif et de te dire que : « ok, ce week-end, tu n'as pas mérité de jouer. Je ferai en sorte que la semaine prochaine, je mériterai ma place ». C'est vraiment d'essayer de regarder vers l'avant et de ne pas être triste de ne pas avoir joué, de ne pas regarder en arrière et de toujours regarder le positif des choses. Même si des fois, ça peut être compliqué. [...]

Est-ce que tu es toujours autant passionné par le hockey ou est-ce que ta relation avec ce sport a changé ?

Je pense que c'est [toujours] ce même amour pour le jeu. C'est sûr que des fois, tu es un peu énervé ou triste, quand tu ne joues pas, de ne pas pouvoir être sur la glace… Mais après, je n’ai pas envie de dire que c'est devenu un peu différent parce que j'aime toujours autant le hockey. Mais c'est sûr que c'est devenu un peu plus business et moins genre… [Mathis marque une pause] Je ne sais pas si c'est vrai. [rires] 
Il y a un petit peu un sentiment comme si c'était mon métier au final, même si je ne suis pas payé. C'est mon métier donc il faut que je fasse en sorte que ça le soit.

Des fois, tu en oublies un petit peu la passion et le plaisir que tu as à jouer. Par exemple, lors de ma première saison, quand ça allait moins bien, j'ai oublié un peu ce plaisir que j'avais à jouer au hockey. J'étais tellement focus sur « il faut que je sois meilleur. Il ne faut pas que je fasse d'erreurs. Il faut que je fasse ça, que je fasse ci »… Des fois, c'est sûr que j'avais un peu moins de plaisir. 

Après, j'ai beaucoup travaillé sur moi-même et mentalement pour faire en sorte que je me dise que c'est ce jeu que j'adore depuis que je suis tout petit, qu’il faut que j’y aille, que je prenne du plaisir et que je fasse ce que j’ai à faire. Donc après ça va bien se passer. Mentalement, c'est beaucoup de travail. [...] [Cette année], j'ai beaucoup plus joué, j'ai pris plus de plaisir que l'année d'avant. Je ne peux pas dire que la saison dernière ait été négative, mais je pense que ça m'a beaucoup appris et aidé à grandir, à devenir le joueur et la personne que je suis aujourd'hui. 
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Lisa Klassen - @kreations_photographyy

Collectivement, vous avez quand même gagné la coupe. Mais pour toi, personnellement, à quoi ressemblait cette saison ? 

Au début de la saison, mes deux premiers matchs étaient un peu compliqués. Mais après, je me suis plutôt bien adapté rapidement. En début d'année, je jouais sur la deuxième ligne. Ça se passait plutôt bien, mais j'avais un peu du mal à produire. Après, ils ont fait venir des nouveaux joueurs dans l'équipe qui ont été récupérés par des échanges qui venaient de la USHL. J'ai descendu tranquillement dans l'alignement. J'avais de moins en moins de temps de jeu. [...] Vers la période de Noël et après Noël, vers janvier, j'ai ressenti ce coup de mou, ce coup de mal où je jouais un match sur deux. On avait quinze attaquants dans l'alignement. C'était vraiment dur de rentrer dans l'alignement ou même d'avoir du temps de jeu. [...] Puis après, je dirais, février, mars, on a eu pas mal de blessés et puis là, j'ai récupéré pas mal de temps de jeu. Je jouais beaucoup mieux et je produisais beaucoup plus. À partir de ce moment-là, à partir de mars, je n'ai pas quitté l'alignement et j'ai joué tous les matchs, que ce soit de saison régulière ou de playoffs. Ça s’est vraiment bien terminé. [...] J'ai pris l'opportunité quand il y avait des blessés et je n'ai pas regardé en arrière. Je suis content de comment ça s'est terminé. Après j’ai joué tous les matchs de playoffs, donc vingt et un matchs, et on a gagné à la fin. 


[Lors de ces premiers playoffs en BCHL, Mathis a marqué quatre buts et trois assists en vingt et un matchs.] Si on revient sur ta carrière, on voit que, l'expérience playoffs, tu l'as déjà sur tes années à Grenoble. En quoi cela t’a servi ? 

Le format des playoffs est très différent en France. J'avais cette culture [de la victoire] et je savais ce qu'il fallait faire pour gagner avec Grenoble. J'ai remporté deux ou trois championnats de France. C'est sûr que ça m'a aidé. C'est pas mal différent. En BCHL, c'est des quatre de sept [quatre tours en sept matchs]. C'est long. Tu fais quatre matchs, quatre séries, c’est long, c'est plus complexe qu'en France. Mais sur le principe de gagner, c'est sûr que c’est le même. C'est de tout donner. C'est une longue bataille. 

 
“Jouer pour s'amuser, ça ne m'intéresse pas”

Il y a donc eu une vraie évolution de ta part lors de cette deuxième saison en BCHL. Comment t'es-tu senti lors de cette deuxième année ?

Notre coach est parti coacher en ECHL [Ryan Papaioannou. Il sera d’ailleurs à la tête des Abbotsford Canucks, équipe réserve des Vancouver Canucks, en AHL]. C'est l'assistant coach qui a repris l'équipe [Dakota Manson]. Lui avait beaucoup de confiance en moi. Il m'a dit, en début d'année, qu'il voulait que je sois un joueur très important dans notre équipe. Ça m'a donné beaucoup de confiance et j'étais beaucoup plus à l'aise. C'était ma deuxième saison, j'étais un des sept joueurs qui revenaient de l'année dernière où on avait gagné le championnat donc c'est sûr que c'était plus facile.

Après, j'ai su prendre les opportunités que j'avais. J'avais eu une opération au genou pendant l'été, entre la première et la deuxième saison. J'ai raté sept matchs au début de l'année. [...] J'ai quand même eu une autre grosse progression pendant la saison. Après Noël, j'ai vraiment pris un step. Jouer sur le premier PK [penalty kill soit infériorité numérique], le premier powerplay... J'ai été ajouté au groupe de leadership, j’avais un « A » d’assistant un match sur deux. J’ai eu une grosse progression [en termes de] production ou dans mon jeu défensif. Je pense que je suis devenu un vrai joueur « two-way », complet qui est bon et responsable défensivement et qui peut aussi produire et être bon offensivement. Je me suis vraiment développé dans ce rôle, au profit de l’équipe.

[...] Je pense que c'est une saison réussie. J'étais presque à un point par match, que ce soit en playoffs ou en saison régulière. Un point par match en tant que joueur offensif-défensif, c'est très bien. Je trouve que j’ai eu un bon impact sur l'équipe. [...] En playoffs, j'ai dix buts. En saison régulière, j'en ai eu douze. [...] C'est sûr qu'avec le trophée de champion de BCHL à la fin, on n'aurait pas pu mieux finir la saison. 

Comment as-tu réagi à ces nouvelles responsabilités, de leadership et dans le jeu, sur les unités spéciales en infériorité et supériorité numérique ?

J’étais quand même toujours jeune, j’avais 18 ans. Puis j’avais pas mal de responsabilités défensivement et offensivement. Ça me donnait beaucoup de temps de jeu, de jouer sur ces deux unités. Je jouais aussi beaucoup à 5 contre 5. Ils me faisaient confiance sur tout ce qui était faceoff en zone défensive… En fin de match, que l’on gagne ou que l’on perde, dans tous les cas, j'étais sûrement sur la glace. Mais après, c'est sûr que moi, je prends ça avec toutes ces responsabilités. J'aime avoir ça. C'est sûr que c'est un peu de pression si tu perds, si tu ne produis pas ou si tu as un peu de mal, mais quand tu gagnes, c'est encore mieux et c'est incroyable.

Tu as changé de position. Tu es maintenant ailier droit.

J'ai évolué pendant toute la  saison [en tant qu’] ailier droit. Et  puis, des fois, j'ai joué au centre,  mais j'ai plus joué ailier droit cette année. Parfois, je prenais les faceoffs quand c'était sur mon côté. Mais j’étais, on va dire, hybride alors que toute ma vie, j'ai joué au centre, que ce soit en France ou en équipe de France... J'ai dû m'adapter à jouer ailier droit, [lors de] ma première saison aussi. Si je voulais faire ma place dans l'équipe, je devais m'adapter, [adapter] mon jeu aussi et [apprendre] à être plus responsable. C'est comme ça que le coach a confiance en toi. Il sait que quand tu es sur la glace, tu  ne vas pas faire d'erreurs défensives. Tu ne vas pas coûter à ton équipe et qu'il peut te faire confiance. C'est une des choses qui m'ont aidé à avoir le temps de jeu et le succès que j'ai eu cette année.


[...] On gagne des trophées dans notre équipe à la fin de l'année. J'ai reçu celui du meilleur attaquant-défensif, pour te montrer que je mettais beaucoup d'importance dans mon jeu défensif cette année. C'est ce qui m'a permis d'avoir cet enjeu et cette responsabilité, même ce leadership qui m'a fait grandir et qui fait de moi un meilleur joueur aujourd'hui .

[Mathis a été le cinquième pointeur des playoffs ex-aequo cette année avec dix buts et sept assists soit dix-sept points en dix-neuf matchs.] [...] Je voulais être un joueur complet, j’étais responsable défensivement et j’ai réussi à produire offensivement en playoffs. Ces playoffs sont un grand succès pour moi.

Tu as changé beaucoup de partenaires. Comment s'adapte-t-on à ces changements de coéquipiers sur sa ligne ?

On a passé la saison ensemble, on sait à peu près comment chacun joue, son rôle dans l'équipe et ses forces, ses faiblesses aussi. C'est sûr que des fois, ça change entre deux coéquipiers et deux autres. Ils jouent aussi, ils sont plus défensifs, plus offensifs, plus shooters, plus passeurs... Je pense que c'est juste qu'ils connaissent ses coéquipiers et s'adaptent à eux. Des fois, sur des rôles où je joue avec deux gars plus offensifs, j'avais plus un rôle un peu plus responsable et défensif, même si j'avais toujours des responsabilités offensives. [...]

Comment as-tu vécu ces derniers matchs de finale contre les Nanaimo Clippers ?

C'était très intense. Nous, les quatre matchs qu'on a gagnés, les quatre étaient en prolongations. [...] C'était très excitant et très intense. Tous les matchs allaient au-delà de soixante minutes. Même sur les corps, la fatigue se ressentait aussi vers la fin. Et puis de gagner ces matchs en prolongations, c’est encore plus d'excitation et t'es encore plus content quand tu gagnes. C'est des sentiments incroyables. Par exemple, match 5, j'ai assisté sur le but vainqueur. La sensation quand tu vois que le palet rentre dans la cage, que t'as gagné le championnat, que ta saison est finie, que ton objectif est réussi… C'était incroyable. Et puis il y avait mes parents pour le match 5, qui étaient venus juste pour le match 5. De gagner devant eux, c'était vraiment incroyable. C'est un sentiment que j'oublierai jamais, c'est sûr. C’est sûr que d’avoir mes parents, ma sœur, Hugo [Nogaretto, joueur pour les Aigles de Nice en Ligue Magnus. Interview vidéo ici], c'était très spécial de les voir là. Sur la story de Hugo, je célèbre devant eux. 


C’était vraiment cool. C'est un super timing, parce qu’ils avaient déjà bouclé leurs billets avant la finale : “peut-être qu’on verra un match, peut-être qu’on ne verra pas de match. Peut-être qu'on verra un match, mais que c'est 2-2 dans la série…”. Et au final, ils voient le match où on gagne, c'est incroyable. C'était vraiment bien, comme si on était dans un film. 

Quel est ton but préféré cette saison ? 

Il y a pas mal de buts, surtout en playoffs qui sont un peu plus importants qu’en saison régulière. J'en ai un sur le match 4 [qui n’est] pas mal. Mais je pense que [c’est] le but en prolongations [lors du match 3 dans la série contre Sherwood Park].

Faire gagner ton équipe, c'est toujours spécial. C'est de voir tout le banc qui saute et qui vient sur la glace pour célébrer avec toi. Je ne sais pas si c'était mon plus beau, mais c'était surtout celui qui m'a procuré le plus d'émotions. 

Qu'est-ce que ça fait de soulever la coupe deux fois d'affilée ?

C'est un sentiment incroyable. Depuis que je suis petit, je veux toujours gagner, que ce soit quand j'avais sept ans ou maintenant à dix-neuf ans. Chaque match, je veux gagner. J'ai toujours eu cette mentalité-là. Jouer pour s'amuser, ça ne m'intéresse pas. Je suis très content de ça. Je trouve que ça marque bien la saison. Cette année, j'étais un leader, j'ai bien produit. Je trouve que ce trophée a plus d'importance pour moi. Pas plus d'importance, mais plus de saveur, plus significatif que celui de l'année d'avant pour moi.

Parle-moi de la ligue. Quelle équipe as-tu trouvé particulièrement challengeante à affronter ? 

En playoffs, on a eu Sherwood Park, les Crusaders, qui nous ont emmenés en sept matchs, et on a été menés 3-2 dans la série, donc on avait une saison sur la ligne. Si on ne gagne pas ce match 6 ni ce match 7, notre saison est finie en deuxième ronde et on rentre chez nous. Ils nous ont mis en difficulté, ça c'est sûr. Puis, Sébastien Bisaillon, qui a joué avec Grenoble [le Québécois a passé neuf ans en France dont sept à Grenoble], était assistant coach au Sherwood Park. On se connaît bien avec Sébastien, donc je ne voulais pas perdre contre lui. Mais pour pouvoir revenir dans cette série où on perdait 3-2 et de les battre finalement en match 7, c'était spécial. [...]

Lors de la saison régulière, il y avait West Kelowna [les Warriors], qui a fini premier de la saison régulière. On les a battus seulement une fois sur quatre matchs, donc c'est sûr qu'ils nous ont mis en difficulté aussi. Mais ils se sont fait éliminer en première ronde. Tout le monde peut se faire éliminer par tout le monde. L’équipe classée seizième en playoffs a battu l'équipe qui a été première en saison régulière. Le niveau est très homogène. Il y a beaucoup de talent et beaucoup de bons joueurs dans cette Ligue, c'est sûr.

Y a-t-il un point que je n’ai pas abordé et que tu aimerais ajouter ?

Mon objectif est de faire l'équipe de France 2030 pour les JO. C'est mon objectif clair dans le futur. Ça serait dans six ans. C'est un rêve pour moi. C'est sûr que je vais tout faire pour pouvoir faire cette équipe de France puis, en plus, c’est en France ! Ça serait incroyable !

Comment penses-tu y arriver ?

C'est quotidien. Ça commence maintenant ! Sur les six prochaines années, c'est à moi de faire en sorte qu'arrivé en 2030, je sois prêt physiquement et en tant que joueur de hockey pour mettre tout mon effort au profit de l'équipe de France. Pour représenter la France du mieux possible. Parce que c'est des JO, en France ! Je veux représenter la France et montrer cette fierté française et du hockey français. Je veux représenter tout ça et de la meilleure des façons. Pas seulement être dans l'équipe, mais aussi faire en sorte d’avoir de bons résultats. 


La saison prochaine, Mathis évoluera pour les Saguenéens de Chicoutimi en LHJMQ.

 
Un mot sur la BCHL :

Créée dans les années 1960, la BCHL, soit la British Columbia Hockey League, est une ligue canadienne de hockey junior où vingt équipes, quinze en Colombie-Britannique et cinq en Alberta, s’affrontent pour cinquante-quatre matchs de saison régulière. Divisée en deux conférences, les vainqueurs de chaque finale de conférence se rencontrent pour déterminer qui sera nommé champion à chaque fin de saison.

La BCHL agit comme un tremplin pour les joueurs de moins de vingt ans, qu’ils soient canadiens ou internationaux. Souvent, l’objectif de ces jeunes talents est de continuer leur développement dans des ligues universitaires telle que la NCAA ou des ligues de hockey junior majeur comme la WHL puis, ensuite, de rejoindre les ligues professionnelles. Depuis 1992, selon son site, la BCHL a au moins un joueur drafté en NHL par année.

On trouve parmi eux Jamie Benn [Dallas Stars – capitaine], Josh Manson [Colorado Avalanche], ou Devon Toews [Colorado Avalanche]. Plus récemment, des joueurs draftés en première ronde comme Alex Newhook [Montreal Canadiens] et Kent Johnson [Columbus Blue Jackets] sont passés par la BCHL. À l’instar de Mathis Dufour, Cale Makar [Colorado Avalanche] est lui aussi passé par les Brooks Bandits lorsque l’équipe évoluait en AJHL – plus récemment, Aiden Celebrini, frère de Macklin [San Jose Sharks], lui aussi y a fait ses gammes.
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