La saison étant terminée, les équipes préparent déjà le prochain exercice. Mais si le sportif est mis en avant, qu’en est-il des autres aspects des clubs ? Monsieur Garnaud nous renseigne sur la saison de son club et nous donne un avis sur les instances fédérales.
HH : Bonjour François. En premier lieu, peux-tu nous dresser un bilan de la saison écoulée ? Quelles sont les satisfactions et les points noirs selon toi ?
François Garnaud :
Très peu de points noirs et beaucoup de satisfaction. Le regret est de ne pas avoir battu Angers au moins une fois lors des quarts de finale. Ensuite les satisfactions sont d’avoir terminé à une belle sixième place lors de la saison régulière, d’avoir accroché des belles équipes et avoir battu Rouen. La satisfaction ensuite d’avoir une équipe jeune qui nous a gratifié de très beaux matchs, qui respecte son public et la station de Morzine. Globalement, au vu des circonstances, nous sommes très contents de cette saison.
HH : On a vu des supporters très satisfaits de cette équipe, alors que l’année précédente, ils étaient à la fin un peu désabusés. Que peux-tu dire par rapport à cela ?
F.G. :
Cela veut dire que nous avons fait les bons choix. Surtout concernant l’aspect mentalité des joueurs.
HH : La nomination de Santeri (Immonen) en tant qu’entraineur était-elle évidente pour toi ?
F.G. :
Oh oui. Le choix me paraissait judicieux. Ce qui me paraissait compliqué par contre, c’est le choix d’entraineur-joueur. Je ne sais pas s’il va continuer sur cette voix, cela dépendra des aléas comme des blessures, mais il commencera certainement à lever le pied.
HH : On a vu aussi l’apport assez important de Mickael Brodin en attaque. Il n’a jamais autant pointé, mais a aussi été beaucoup pénalisé. Qu’as-tu à dire à ce sujet ?
F.G. :
Mickael est toujours difficile. Son rôle de capitaine était bon pour le canaliser, en revanche je le trouve un peu pénible (sourire). Il rouspète tout le temps et je l’accepte mal. Je regarde beaucoup de sport comme le rugby où l’on respecte l’arbitre. Il est pénible pour cet aspect, mais il reste un très bon joueur qui assume très bien ses responsabilités.
HH : On a vu un powerplay qui s’est détérioré au fur et à mesure de la saison, quelle analyse as-tu par rapport à cela ?
F.G. :
Cela à toujours été un problème à Morzine, et ça ne date pas de cette saison. Il faut avoir des purs buteurs, il faut le travailler énormément. Ce n’est pas facile du tout.
HH : Lors d’une interview que tu as donné à nos confrères d’Hockey Magazine, tu pointais du doigt le manque de combativité des français lors de la saison précédente sous le prétexte qu’ils ne sont pas « morts de faim ». Cela a-t-il été différent cette année selon toi ?
F.G. :
Oui. Je persiste à dire que les français manquent de mordant, sous prétexte qu’ils ne sont pas morts de faim. C’est le reflet de la société française en général ou chez les jeunes, tout est acquis alors qu’ailleurs il faut faire sa place. Ce sont des valeurs inversées en fait. Dans les pays étrangers, on doit prouver qu’on mérite un bon salaire alors qu’en France on attend déjà le salaire.
HH : Par rapport à cette saison, vous aviez déclaré que prendre que des français vous ferait faire des économies, et une année plus tard, vous déclarer que prendre des étrangers ferait faire des économies. Peux-tu nous éclairer là dessus ?
F.G. :
On a fait une erreur et sous-estimé certaines choses. L’étranger, avec le transfert international, et le billet d’avion, nous coûte cher au départ, mais après on sait où on va, d’autant que leur salaire n’était pas élevé ici. Les français que nous avions étaient pour la plupart trentenaires, avec une famille, et donc il leur faut un appartement en conséquence. Nous avons aussi sous-estimé le fait qu’ils aillent en Equipe de France, qu’ils partent avec le matériel du club et qu’ils reviennent sans. D’autant plus qu’avant qu’ils partent en Equipe de France, ils ne veulent pas patiner, et après ils ne peuvent plus. Cela a été préjudiciable pour le club.
HH : Est-ce que le rendement de Luc tardif jr te surprend à Rouen, après les saisons un peu quelconques effectuées à Morzine ?
F.G. :
Oui, car il a cette année pointé autant qu’en deux saisons chez nous. Je ne sais qu’en penser réellement. Ceci dit, il a peut être été mal exploité à Morzine, car son jeu est adapté à celui de l’Equipe de France, mais pas au nôtre. Peut être que Stéphane Gros l’a mal employé.
HH : On entend parfois dire que Morzine a de mauvaises relations avec la fédération. Peux-tu confirmer ou infirmer cela ?
F.G. :
Non ce n’est pas tout à fait cela. En fait nous n’avons que très peu de contact avec la fédération. De notre coté, nous avons un peu de mal à comprendre la politique qu’elle mène, et si nous avons des reproches à faire, ils ne sont que ceux liés au « parisianisme ». Les gens qui la composent semblent vivre en cercle clos dans leurs bureaux. Ils ne se rendent pas forcément compte des problèmes qui se passent en province, et restent dans leur structures administratives. Mais ils n’ont peut être pas assez de moyens pour tout faire. Mais nous ne sommes pas fâchés avec la fédé, loin de là.
HH : Passons à un autre sujet sensible. On pointe souvent l’arbitrage qui n’est pas à la hauteur lors de certains matchs. A ton avis, est-ce que les clubs mettent assez de moyens pour former des arbitres ? Ou alors est-ce un rôle seulement dévolu à la fédération ?
F.G. :
On est mal placé pour dire quoi que ce soit là dessus à Morzine, car nous avons formé très peu d’arbitres. Ensuite les structures existant auparavant pour former les arbitres étaient un peu compliquées avec des stages le dimanche après midi, etc. Il y avait un grand souci d’organisation. Ceci dit, la fédération doit prendre les arbitres sous leur coupe afin de mieux les former. Quant aux clubs, nous avons un rôle à jouer en faveur de cela pour la promotion. Après, les responsables des clubs comme moi sommes parfois de mauvaise foi, en attaquant systématiquement l’arbitre, je reconnais qu’on est parfois dur avec eux.
HH : Revenons à Morzine. Nous avons appris le projet de 2 tournois amicaux. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
F.G. :
Bien sûr. En premier lieu, un tournoi aurait lieu fin août, dans le cadre de la préparation estivale, et il réunirait des équipes suisses et parisiennes, qui viendraient en stage ici. Et il y aurait surtout un beau tournoi lors de la trêve hivernale – aux alentours de début décembre – et ce tournoi réunirait quelques équipes anglaises, et on le pense, quelques-uns de leurs supporters. Ce serait très bénéfique pour la station, et cela pourra faire travailler les hôtels du village dès le début décembre. Les hôteliers sont les partenaires du club depuis de nombreuses années, et c’est pour nous un moyen de les remercier de leur soutien sans faille.
HH : Concernant les recettes sponsors, espères-tu un meilleur crû pour la saison à venir ?
F.G. :
J’aimerais bien qu’elles soient multipliées par 2 (rire). Mais il ne faut pas rêver, le plus dur est de trouver des sponsors d’envergure nationale, mais leurs investissements sont très ciblés. On voit que toutes les disciplines sont touchées, et que le hockey, par sa faible médiatisation, ne représente que peu d’intérêt. Le plus ennuyeux reste que certaines grosses entreprises du coin préfèrent tout miser sur le foot, et ne veulent rien donner aux autres sports.
HH : Juste pour info, sur quel budget s’est appuyé le club cette saison ?
F.G. :
Il se situe entre 800 et 900.000 euros. Ce budget permet de faire tourner tout le club. Il a baissé depuis quelques années, avec la perte de sponsors importants. Dans ce montant, la masse salariale compte pour environ la moitié.
HH : On peut voir 3 clubs haut-savoyards en Ligue Magnus, et Annecy en D1. Ce sont des clubs qui « vivotent » côte à côte. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
F.G. :
Je trouve dommage qu’Annecy, en tant que préfecture et grand ville de Haute-Savoie ne soit pas devant nous. Mais par ailleurs, il est certain que nos clubs de montagne ont pour eux le passé, la tradition. C’est aussi plus sympa pour nous et nos supporters d’avoir à proximité ces clubs pour les déplacements plutôt que des clubs à 300km. Ceci dit, c’est aussi déplorable, car l’argent est dilué, les sponsors sont dilués, la presse est diluée et pour finir personne n’est satisfait de la situation.
HH : Un rapprochement entre tout ces clubs est-il possible ? Ou alors y a-t-il trop d’antagonisme ?
F.G. :
C’est la question piège. De l’antagonisme ? À titre personnel je ne pense pas. Maintenant, rapprocher les clochers est difficile, bien que seules les montagnes ne peuvent normalement pas se rapprocher. Je ne pense pas que les chamoniards viennent assister à des matchs à Morzine et vice-versa. On voit déjà qu’à St-Gervais ils ne vont pas tous à Megève. La logique voudrait qu’il n’y ait qu’un seul grand club, qui serait fort économiquement, mais cela est difficile à mettre en place.
HH : Justement, il existe OK74, que penses-tu de ce rassemblement de jeunes entre les clubs du département ?
F.G. :
C’est l’exemple parfait. Et pour les jeunes, et pour les clubs. C’est l’avenir, surtout si jamais un jour il doit y avoir une seule équipe.
HH : Concernant le HCMA, que peut-on lui souhaiter pour la saison prochaine ?
F.G. :
Mieux encore que cette année ! Plus de monde dans la patinoire, un spectacle de qualité, de l’ambiance, de la convivialité, qu’on ait envie de venir voir les matchs.
HH : Merci François.
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