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Ligue Magnus : Chamonix (Les Pionniers)
CHAMONIX : LES PIONNIERS TOUJOURS VIVANTS !
Considéré comme le temple du hockey sur glace français, le club de la Haute-Savoie est le plus ancien fief alpin qui résiste toujours. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, explique les raisons pour lesquelles l’équipe de Chamonix mérite le respect de ses adversaires mais craint pour son futur.
📅 03/09/2026 à 11:00 ✍️ Tristan Alric 📍 Media Sports Loisirs

Tribune N°138

 

CHAMONIX : LES PIONNIERS TOUJOURS VIVANTS !
 
 

Même si le club de Chamonix n’a plus gagné le titre de champion de France senior depuis 47 ans, il continue de se battre avec obstination pour exister au plus haut niveau depuis son fameux trentième sacre historique auquel j’avais eu l’occasion d’assister en 1979. A l’époque j’avais été le témoin de cet exploit inégalé aux côtés du capitaine Philippe Rey, mais également du célèbre renfort Luc Tardif, de son coéquipier Alain Mazza et du regretté président Joseph Cochet comme on peut le voir sur la couverture de mon ancien magazine baptisé France Hockey (photo ci-contre).
Beaucoup d’eau a coulé dans la rivière tumultueuse de l’Arve depuis cet épisode mémorable, mais malgré des rumeurs récurrentes les « Pionniers » du hockey sur glace français ne se sont pas noyés dans les crues à répétitions des glaciers et sont toujours en vie encore aujourd’hui !
En effet, malgré la forte concurrence financière des grandes villes, la station de Haute-Savoie continue de défendre son sanctuaire de hockey sur glace et de bénéficier ainsi d’un grand respect dans la Ligue professionnelle Synerglace Magnus car ses onze adversaires gardent toujours en mémoire l’histoire glorieuse de son équipe alpine emblématique qui a tant marqué notre discipline favorite.
Comment ne pas être admiratif quand on sait que les anciens « Chamois » ont réussi dans le passé cette performance très impressionnante de trente titres qui sera sans doute très difficile à battre et qui prouve l’écrasante suprématie que le plus vieux club du hockey français (créé en 1911) a exercé pendant une bonne partie du siècle dernier.
Son hégémonie et son influence furent telles au siècle dernier que lors de la création du Temple de la Renommée de la FFHG en 2008, le comité de sélection fédéral a été unanime pour élire le club de Chamonix dans la catégorie prestigieuse des « bâtisseurs » dès sa première promotion. Par ailleurs, pour montrer sa considération avec le célèbre club de montagne la fédération a décidé d’organiser, toujours au cours de l’année 2008, l’anniversaire du centenaire du championnat de France dans la célèbre station de Chamonix.  
Lors de cette cérémonie exceptionnelle, qui regroupait une grande partie des acteurs importants du hockey sur glace français, cet événement eut un charactère très symbolique pour ses nombreux participants car ils ont eu le sentiment d’effectuer ainsi un véritable pèlerinage dans le « temple » historique de leur sport favori.
Aujourd’hui encore l’énorme impact du club de Chamonix, qui a certes perdu de l’influence sur le plan sportif, demeure toujours vivace concernant son prestige car il ne s’est pas complètement érodé avec le temps. D’autant que sa grande réputation, qui s’était propagée au-delà de nos frontières par le passé, a permis d’organiser dans la station de ski nichée au pied du Mont-Blanc plusieurs grands événements internationaux restés encore de nos jours mémorables à commencer par les premiers Jeux olympiques d’hiver en 1924.
La commune de Chamonix fut aussi le théâtre des Championnats du monde seniors de hockey sur glace en 1930 et, beaucoup plus tard, de l’inoubliable Mondial seniors du groupe C en 1985. On se souvient que lors de ce fameux tournoi, organisé conjointement avec les stations de Saint-Gervais et de Megève, la victoire finale des Tricolores a marqué le début de l’ascension de l’équipe de France sur la scène internationale jusqu’à son arrivée dans la cour des grands en 1992.
 
L’ÉQUIPE DE CHAMONIX FUT AUSSI UNE SÉLECTION TRICOLORE !
 
Pour prouver que le club de Chamonix est vraiment un cas à part dans notre discipline, je rappelle une anecdote qui s’est déroulée il y a tout juste un siècle cette année. Cet événement, totalement oublié, démontre encore l’empreinte indélébile que le club de Chamonix a laissé dans le hockey sur glace français. En effet, lors de l’année 1926, les dirigeants de l’ancienne fédération de tutelle des « Sports d’Hiver » demandèrent à l’équipe senior de Chamonix d’aller représenter la France à l’occasion des Championnats d’Europe organisés à Davos en Suisse. Cette nomination fut une sacrée consécration puisque les hockeyeurs chamoniards, rebaptisés momentanément les « Tricolores », furent autorisés à revêtir pour l’occasion le maillot portant le coq notre emblème national. Très flattée par cet honneur l’équipe de France en mode « chamoniarde » a obtenu une belle cinquième place dans ce tournoi européen très disputé à l’époque qui fut définitivement interrompu en 1991.
Autre anecdote remarquable à mettre au crédit du club de la Haute-Savoie sur le plan national cette fois, les anciens « Chamois » détiennent, outre les 30 titres seniors, également un autre record impressionnant encore inégalé à ce jour puisqu’ils ont remporté dix titres de champion de France dans une période de onze ans seulement entre les années 1963 et 1973. Seule une défaite surprise de Chamonix à Gap dans l’ancienne « Première Série » en 1969 a permis au club voisin de Saint-Gervais de lui passer devant au classement et briser momentanément le parcours irrésistible des chamoniards. Même les redoutables Dragons de Rouen, qui furent plus tard leurs dignes successeurs dans la Ligue Magnus, n’ont pas été capables de réaliser une telle série d’invincibilité !
 
UN ANCIEN FIEF HISTORIQUE QUI RÉSISTE TOUJOURS !
 
En demeurant de nos jours « le seul village qui résiste », puisqu’il continue, malgré son grand âge, à évoluer dans l’élite senior masculine, la station de Chamonix et son club de hockey méritaient bien un coup de projecteur d’encouragement juste avant le coup d’envoi du championnat 2026-2027 de la Ligue Magnus professionnelle qui sera donné le mardi 15 septembre. A cette occasion l’équipe de Chamonix effectuera un déplacement à Gap qui s’était soldé par une victoire (1-0) la saison dernière.
J’espère que les Pionniers, qui n’ont jamais baissé les bras malgré l’adversité et la concurrence de plus en plus inégale avec les grandes villes de plaine, pourront continuer cette saison à faire honneur à leur illustres prédécesseurs d’antan et peut-être revenir qui sait parmi les leaders ? J’ai bien cru que ce serait le cas en 2012 lorsque l’équipe de Chamonix, entraînée à l’époque par Stéphane Gros, avait réussi son plus beau parcours en terminant à la troisième place de la saison régulière de la Ligue Magnus avant d’éliminer justement Gap en quarts de finale. Mais la valeureuse formation de Chamonix fut contrainte de s’incliner en demi-finales devant celle de Grenoble. Malheureusement, ce coup d’éclat prometteur, réalisé il y a 14 ans, ne fut en fait qu’un feu de paille sans lendemain.
En effet, depuis leur retour dans l’élite professionnelle en 2005, les « Chamois », rebaptisés entre-temps les « Pionniers » (depuis 2016 lors de leur fusion provisoire avec Morzine), ont participé le plus souvent uniquement aux huitièmes de finales. Ils ont été également éliminés toutefois à six reprises au niveau des quarts de finale en 2007 par Grenoble, en 2013 par Epinal, en 2019 par Rouen, en 2020 par Grenoble et deux fois de suite au même niveau par Angers en 2022 et en 2025.
Quant à la saison dernière, les Pionniers ont fait vraiment l’âge qu’évoque leur surnom puisque le club de Chamonix a connu un parcours beaucoup plus difficile en disputant uniquement la poule de maintien avant de terminer à une très discrète onzième place.
 


UN MAILLOT ORIGINAL ET DES ANCIENNES STARS DE LA NHL
 
L’équipe de Chamonix compte bien faire oublier ce parcours très décevant cette saison avec comme nouvel entraîneur derrière le banc le finlandais Santeri Immonen (53 ans, ancien joueur défenseur de Morzine et de Neuilly) assisté par son compatriote Mikko Kuukka et par l’entraîneur des gardiens Stéphane Burnet. La formation de Chamonix parviendra-t-elle à remonter la pente au moins jusque dans le milieu du classement en nourrissant peut-être des ambitions encore plus grandes cette saison ?
La longue histoire de Chamonix nous a appris à plusieurs reprises que ce club emblématique a certes « réduit la voilure » mais pour autant il navigue toujours avec opiniâtreté. La devise du club, qui est inscrite en grandes lettres dans sa patinoire, reste son crédo immuable puisque les spectateurs peuvent lire sur les murs : « Ensemble partons à la conquête des sommets ! »
Signe de leur nouvelle renaissance qui a pris pour l’instant une forme symbolique, les Pionniers jouent depuis 2024 avec un nouveau maillot très original puisqu’il a désormais un design totalement épuré, sans publicités agressives et immersives, dans le but de le sanctuariser à l’attention des supporters locaux. Car dans la vallée de Chamonix ce maillot de hockey est devenu un héritage et un emblème qui a été remarqué puisque ce dispositif, baptisé « esprit pionnier », a été récompensé par la FFHG qui a décerné au club de Chamonix en 2025 le trophée innovation marketing de la Ligue Synerglace Magnus.
La patinoire « Richard-Bozon », baptisée en hommage, non pas à un hockeyeur, mais à un guide de montagne qui a été emporté par une avalanche à la fin de l’année 1994, redeviendra-t-elle aussi attractive que par le passé sans se contenter de cette seule originalité vestimentaire de ses hockeyeurs ?
Pour ceux qui aiment l’histoire de notre discipline, je rappelle que trois entraîneurs nationaux qui ont dirigé l’équipe de France seniors se sont retrouvés également derrière le banc de l’équipe phare de Chamonix : Paul-Emile Provost en 1957, Gaston Pelletier en 1964 et Heikki Leime en 2017.
Par ailleurs, deux grandes stars de la NHL ont été également les coaches des Chamois. Ce fut le cas du célèbre suédois Anders Kallur en 1987 qui avait remporté la Coupe Stanley à quatre reprises avec les Islanders de New York en 1980, 1981, 1982 et en 1983 ! Puis ce fut le tour de Richard Sévigny de rejoindre Chamonix en 1989, le gardien de but des Canadiens de Montréal avait remporté sept ans plus tôt le prestigieux trophée Vézina (meilleur goal de la NHL).
Enfin, comment oublier que Luc Tardif fut la grande vedette du club de Chamonix et du championnat de France de l’ancienne « Nationale A » pendant huit saisons entre 1976 et 1984 avant de devenir, à la fin de sa carrière de joueur, le créateur de la FFHG indépendante en 2006 puis le président de l’IIHF en 2021.
 
L’ABANDON DU PROJET DE LA NOUVELLE PATINOIRE A JETÉ UN FROID
 
L’annonce de la construction d’une nouvelle patinoire dans la station de Chamonix avait suscité depuis deux ans un très grand espoir non seulement dans la région du Mont-Blanc mais aussi dans le hockey sur glace français tout entier.
La patinoire actuelle, datant de 1962, vétuste et énergivore, aurait donc dû être remplacée par une nouvelle infrastructure exemplaire au niveau carbone intégrant un réseau d’échange de calories de dernière génération entre groupe froid de la patinoire et chauffage de la piscine permettant ainsi de réduire de 50 % la consommation d’énergie tout en garantissant une meilleure performance.
Je rappelle que ce projet prévoyait la construction d’une nouvelle patinoire avec deux pistes. Une première de 60 x 30 avec une capacité de 3000 places qui devait accueillir des compétitions internationales de hockey, de patinage et de curling. Une seconde piste, plus petite de 56 x 26, devait être dédiée aux entraînements, aux séances publiques et à des accueils diversifiés de scolaires et de visiteurs touristiques.
Il n’y avait normalement plus de frein pour que ce grand projet baptisé « Pôle d’excellence des sports de montagne » voit le jour puisque l’ancien maire Eric Fournier l’avait fait voté officiellement avec également une salle d’escalade et deux pistes de curling. Malheureusement, cet élu ne s’est pas représenté aux dernières élections municipales.
Or, dès sa prise de fonction son remplaçant, François-Xavier Laffin, a jeté un froid et mit un terme à l’euphorie ambiante en déclarant : « Ce projet pharaonique, qui conduirait à la déstructuration du quartier et des pratiques, nous n’y souscrivons pas ! ». Pour remplacer ce projet la nouvelle équipe municipale prône plutôt la rénovation de la patinoire sur son site actuel ainsi que la reconfiguration de l’anneau de vitesse.
 

Christophe Ville (Manager Général) & Bernard Molliet (Président des Pionniers)

CHRISTOPHE VILLE : « ON RISQUE DE DISPARAÎTRE DANS DEUX ANS ! »
 
Manager général des Pionniers depuis dix ans, après avoir été entraîneur du hockey mineur ainsi que le créateur du club « Hockey 74 » avec notamment ses amis Michel Tavernier et Marc Djelloul, l’ancien international tricolore Christophe Ville m’a lancé un véritable cri du cœur très inquiétant lorsque je l’ai contacté par téléphone à la fin du mois de juillet. « On risque malheureusement de disparaître dans deux ans, m’a-t-il confié visiblement très préoccupé. Si une nouvelle patinoire ou une grande rénovation de l’actuelle avec un nouveau volume de 3000 places ne se font pas, nous sommes morts ! De plus, à cause des travaux, il nous faudra jouer en Ligue Magnus sur une piste provisoire de remplacement pendant deux ans. Dans ce cas notre société sportive ne tiendra pas le choc car elle sera privée d’importantes recettes. C’est sa disparition assurée ! Devant notre inquiétude la nouvelle mairie vient de prendre conscience de notre sort et elle est actuellement un peu plus à notre écoute, mais je reste très inquiet car on marche sur un fil ! »
 
BERNARD MOLLIET : « NOTRE CLUB DE HOCKEY FÉDÈRE LA STATION »

Bernard Molliet, qui est le président officiel des Pionniers depuis la création de la SASP en 2016, a la particularité singulière d’habiter à Nice, mais toute sa famille est originaire de la vallée chamoniarde. De plus, ce retraité de 73 ans, qui était un sponsor du hockey depuis longtemps, fait régulièrement le déplacement en Haute-Savoie car il possède encore une entreprise basée à Scionzier qui est spécialisée dans l’immobilier industriel (SETAM).
Concernant le club professionnel de hockey de Chamonix, le président souligne le grand danger que provoquerait la disparition des Pionniers : « Ils représentent le phénomène sociologique de la vallée de Chamonix, dit-il. Ils fédèrent les spectateurs et les habitants. Au niveau du club nous sommes fiers d’avoir créé cette dynamique. Il faut savoir que les nombreux touristes qui viennent pendant les périodes de vacances mettent un point d’honneur à venir à la patinoire pour assister à des matches de hockey. Quelque part les Pionniers professionnels, mais aussi nos plus jeunes hockeyeurs du club, contribuent à l’attractivité de notre vallée. Leur disparition, même provisoire, serait très dommageable pour la station. »

 




Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.
 


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