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À GRENOBLE LES BRÛLEURS SONT TRÈS « SHOW » !
Devenu un grand fief du hockey sur glace français, le club de Grenoble veut être un précurseur dans l’innovation. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, explique la politique que compte continuer à mettre en pratique Jacques Reboh, le président de l’équipe professionnelle de l’Isère.
📅 15/10/2026 à 11:00 ✍️ Tristan Alric 📍 Media Sports Loisirs

Tribune N°141

 

À GRENOBLE LES BRÛLEURS SONT TRÈS « SHOW » !
 
 
Il y a 45 ans le club de Grenoble remportait son premier titre de champion de France de la « Nationale A » qui sera rebaptisée plus tard la Ligue Magnus. Un événement qui reste gravé dans ma mémoire car lors de ce sacre historique de 1981 (qui sera suivi d’un deuxième titre dès la saison suivante) j’étais présent sur place pour en faire le compte-rendu, non seulement dans mon ancien magazine « France Hockey », mais également dans le journal L’Equipe qui venait tout juste de m’embaucher.
Il faut souligner qu’à l’époque le club de l’Isère, présidé par le regretté Serge Bocquet, avait un grand mérite sur le plan sportif car l’équipe senior des « Brûleurs de Loups », contrairement à la plupart de ses concurrentes, était composée avec dix-sept joueurs formés localement sur un total de vingt-deux ! Une représentation régionale très majoritaire qui serait malheureusement inimaginable de nos jours à cause de la multiplication des renforts étrangers.
Sur la surfaceuse qui fut empruntée en cachette et qui défila dans les rues de Grenoble en 1981, il y avait notamment les gardiens Daniel Maric et Jean-Claude Sozzi ainsi que tous les nombreux buteurs du club : Philippe Treille, les frères Bernard et Jean Le Blond, Jean-Charles Piccinini, Daniel Grando ( issu de Saint-Gervais), Antoine Sangiorgio, Jean-François Beaudoing (Annecy), Philippe Muscara, Nicolas Ménage, Bernard Seguy, André-Marc Belli-Riz (Croix), Joël Chapuis, Wilfrid Girod, Christian Billieras et le renfort canadien Gary Brown qui sera aidé après sa naturalisation à la fin du championnat par son compatriote Larry Huras.
Comme le montre la photo ci-dessous, je fus mis à contribution pour organiser une fête inoubliable après ce sacre notamment dans le bureau du club qui était situé au premier étage de l’ancienne patinoire du boulevard Clemenceau. J’ai animé une partie de la soirée avec la complicité de l’entraîneur-joueur canadien Gary Brown qui n’hésita pas à se travestir pour jouer le rôle hilarant d’un vieux hockeyeur en état d’ébriété en enlevant son dentier pour rendre la scène encore plus réaliste. Comme le confia plus tard mon ami Gary « ce fut une sacrée fête tabarnak ! »

 
JACQUES REBOH : UN PRÉSIDENT QUI BOUSCULE LES CODES
 
On peut dater cette habitude de « souffler le show » en permanence sur la glace comme en dehors, à partir de ce fameux titre encore inédit de champion. Cette mise en scène , qui a pris de l’ampleur au fil des ans, est en effet devenue depuis la marque de fabrique du club de Grenoble avec la mise en place progressive d’une politique sportive et festive très avant-gardiste profitant de sa grande notoriété locale puisque en quatre décennies le club de l’Isère est devenu un grand fief de notre discipline totalisant à ce jour neuf titres de champion de France ce qui place Grenoble en troisième position du palmarès de la Synerglace Ligue Magnus juste derrière Chamonix (30 titres) et Rouen (18 titres).
C’est surtout grâce à l’arrivée en 2016 de Jacques Reboh (photo ci-contre) à la présidence des « Brûleurs de Loups » que le club de Grenoble a augmenté de façon vraiment significative, non seulement ses moyens financiers (premier budget de la Ligue avec 7,2 millions d’euros), mais aussi a revalorisé son image auprès du grand public. Ce président, qui fut gérant du groupe immobilier AGDA et qui a un caractère bien trempé, n’a pas hésité à bousculer parfois avec vigueur les habitudes du hockey sur glace français en ne cachant pas que Grenoble « brûle » d’être le club le plus innovateur dans l’hexagone.
N’utilisant pas la langue de bois au risque de froisser parfois les dirigeants fédéraux, Jacques Reboh n’as pas hésité par exemple à envoyer quelques « body check » percutants contre la FFHG. Comme par exemple en 2021 lorsqu’il a contesté publiquement l’attribution du titre à Rouen alors que la phase finale n’avait pas pu être jouée à cause de la pandémie du Covid. Or, la saison précédente (2019-2020) les Brûleurs de Loups n’avaient pas pu défendre leur titre jusqu’au bout à cause de l’interruption de la Ligue Magnus au stade des demi-finales au moment où ils s’apprêtaient à affronter les Scorpions de Mulhouse. 
Ce président « électron libre » me fait penser un peu à son ancien confrère de Brest Briec Bounoure qui comme lui a beaucoup financé notre sport tout en se montrant parfois véhément envers l’institution fédérale. Concernant Jacques Reboh, ce dernier n’avait pas digéré ce goût amer du palet estimant, à tort ou à raison, qu’il y avait eu deux poids deux mesures entre Rouen et Grenoble. 
Jacques Reboh a ensuite critiqué toujours ouvertement et sans prendre des gants (de hockey) la qualité de la retransmission d’une demi-finale assurée par l’ancien diffuseur Fanseat en expliquant : « Je suis consterné et triste pour la valorisation du hockey ». 
Plus récemment, lors de la large défaite de Grenoble la saison dernière en finale de la Coupe de France contre Rouen (6-1), Jacques Reboh a fait éclater une fois de plus sa colère mais cette fois contre ses propres joueurs : « La prestation livrée par notre équipe ce soir est indigne de l’histoire, des valeurs et des couleurs de notre club. En ma qualité de président, je tiens à vous présenter, avec la plus grande sincérité et la plus grande humilité, mes excuses les plus profondes. Le sentiment qui m’anime ce soir est celui de la honte. Honte de ne pas avoir été dignes de votre confiance. Honte de ne pas avoir porté avec fierté ces couleurs que tant aiment et défendent. »
Concernant l’affaire très médiatisée de l’arrière international grenoblois Pierre Crinon auteur de violences lors d’un match contre Angers au cours duquel il a frappé le gardien angevin Matt O’Connor, le président de Grenoble a pris également la défense de son joueur même s’il reconnait que le défenseur avait « dégoupillé » mais en ajoutant là encore une pique bien sentie : « Dans l’affaire de son déguisement dans une réunion privée avec une photo détournée sur laquelle on le voit de dos portant un vêtement de prisonnier sur lequel sont inscrits quelques noms barrés de personnes à éliminer, je dénonce une volonté délibérée de nuire au club. Je suis très agacé par cette succession de polémiques qui nuisent à l’image de notre club et du hockey sur glace Français. » 
On l’a compris, Jacques Reboh est un président poil à gratter qui n’as pas peur de parler cash sans se soucier de l’impact négatif que peuvent prendre certaines de ses déclarations à l’emporte-pièce. « Croyez-moi je ne prends pas de plaisir dans le conflit car j’aime la médiation, dit-il. Mais j’ai une aversion à la triche, au favoritisme, à l’entre-soi, et j’ai malheureusement parfois retrouvé ça dans notre organisme de tutelle ». Une fois de plus les responsables fédéraux ont dû grimacer. « Je sais que tous mes combats font du bruit, ce n’est pas à cause d’un égo démesuré comme on le croit mais pour protéger uniquement mon club », dit-il.
 

Trois joueurs vedettes de l’équipe de Grenoble : Matija Pintaric, Pierre Crinon et Sacha Treille ​

UNE SAISON DERNIÈRE QUI LAISSE BEAUCOUP DE REGRETS 
 
La saison dernière, 2025-2026, fut une « Annus horribilis » pour le club de Grenoble à commencer par le souvenir très douloureux du décès de Benoît Messin qui était le médecin de l'équipe de France de hockey sur glace mais aussi celui des Brûleurs de Loups. Benoît nous a malheureusement quitté au mois d’avril à l'âge de 60 ans trois jours seulement après que Grenoble ait remporté son neuvième titre de champion. Sur le plan sportif, la dernière saison fut par ailleurs très décevante provoquant le départ de l’entraîneur Per Hanberg remercié après le fiasco de la finale de la Coupe de France perdue 6-1 contre Rouen.
Mais le côté quand même positif, c’est que le club de Grenoble a quand même effectué un parcours historique dans la ligue des champions (CHL) avec comme faits d’armes d’abord trois victoires, dont deux à l’extérieur, contre le club allemand de Bremerhaven (8-5) et le club de Berlin (5-4 aux tirs aux buts) puis à domicile contre le club suisse de Lausanne (7-4). Ensuite, les Brûleurs de Loups ont achevé leur brillant parcours en obtenant un succès surprenant contre le club suédois de Frölunda qui jouait pourtant dans son fief scandinave (2-1).
En dépit d’un parcours globalement moins performant car sans aucun titres nationaux, Grenoble a malgré tout affiché la saison dernière le plus haut taux de remplissage de la compétition de l’ordre de 98 %, en jouant toutes ses dernières rencontres à guichets fermés avec un total de 4208 spectateurs par match. Le sommet a notamment été atteint lors de l’ouverture de la billetterie pour le cinquième match de la série finale de la Ligue Magnus contre Bordeaux puisque les Brûleurs de Loups ont alors enregistré plus de 600 000 connexions lors de la première heure de commercialisation des places ! 
« On aurait pu remplir deux fois le Stade des Alpes sans problème » a confié Alexandre Duyck, qui est le directeur général des champions de France après avoir été l’ancien manager du club de Nice. Ce dirigeant, qui est un rouage indispensable et très performant dans le club, compte bien augmenter encore les affluences dans la patinoire de Polesud puisqu’il ajoute : « On peut faire encore mieux lors des matches du début de saison. Notre marge de progression est là ! »
 


CHAQUE MATCH JOUÉ À GRENOBLE EST UN VÉRITABLE SPECTACLE
 
Pour avoir assisté au duel au sommet très palpitant entre Grenoble et Marseille qui s’était achevé par une victoire des Spartiates en prolongations (5-4), je suis resté également admiratif devant le spectacle d’avant-match qui fut une fois de plus un véritable show époustouflant ponctué d’effets pyrotechniques ainsi que de sons et de lumières très captivants. Comme le président l’avait expliqué sur la plateforme de réflexion sur l’économie du sport (Ecofoot.fr), depuis son arrivée à la tête des Brûleurs de Loups, Jacques Reboh a érigé le club grenoblois en véritable locomotive du hockey français. Outre le fait qu’il a pris pour habitude de se doter de l’un des plus importants budgets de la Synerglace Ligue Magnus au cours des dernières saisons, le dynamique président et ses collaborateurs ont pour stratégie avant-gardiste de privilégier le côté spectaculaire des matches de hockey sur glace pour divertir et fidéliser encore d’avantage le public grenoblois.
« Nous voulons que chaque match soit un événement total à la manière des franchises nord-américaines où le sport et le spectacle ne font qu’un » explique Jacques Reboh. Résultat, le club a fait des investissements dans la technologie du spectacle avec notamment un bandeau LED défilant et lumineux qui est un supplétif des publicités fixes de la balustrade en formant une couronne colorée tournante au-dessus des gradins qui encercle totalement le haut de la patinoire et qui donne une impression d’un show encore plus immersif. Mais il y a aussi un écran central de dernier cri, un mapping vidéo projeté sur la glace, des effets de lumière et un son très performant qui font vibrer la patinoire d’autant que le speaker fait régulièrement des interventions très stridentes qui hystérisent le public. 
Bref, à Grenoble chaque rencontre est scénarisée à l’image d’un show comme le montre la photo ci-dessus avec deux têtes de loups qui crachent du feu. Ajouté à cela les matches à domicile sont toujours l’occasion de proposer des soirées spéciales à thèmes en faveur de la lutte contre le cancer, des étudiants, de la police, des armées, des pompiers et j’en passe. « Une façon pour les Brûleurs de Loups de remplir lors de chaque rencontre une mission sociale » explique Jacques Reboh.  
 
LE STANDING DU CLUB VIENT ENCORE DE PROGRESSER
 
En parallèle, le club de Grenoble a innové également dans le confort et le bien-être de ses joueurs. « Nous sommes propriétaires de notre bus couchette qui, pour l’anecdote, a été utilisé par le chanteur Michel Sardou ! m’a confié le président. C’est un investissement rare dans le sport français. Ce bus est entièrement aménagé pour le repos, la récupération et le confort des athlètes pendant les longs déplacements. Le deuxième levier, c’est la formation. Aujourd’hui, trop peu de moyens sont consacrés à ce pilier fondamental dans notre sport. C’est pour cette raison que notre club investit près de 500 000 euros par an dans la formation, un effort unique en France ! Outre notre centre de jeunes, on a un partenariat avec l’équipe de Division 1 de Chambéry et celle de Vaujany en Division 2 sans oublier l’équipe de nos U20 locaux de notre centre. Les Brûleurs de Loups sont les premiers fournisseurs des équipes de France toutes catégories confondues. »
Dernière innovation toute récente, la construction d’un nouveau bâtiment mitoyen à la patinoire de 1000 mètres carrés qu’a tenu à me présenter le président lors de ma récente visite qui devait accueillir les nouveaux bureaux du club mais surtout un espace de 500 mètres carrés destiné aux partenaires des Brûleurs de Loups avant et après les matches. Ce futur « Club Business » sera un lieu d’échanges, de rencontres et d’expériences ouvert toute l’année.
En conclusion, preuve est faite que le club de Grenoble veut continuer à être, non seulement un leader redoutable du championnat professionnel de la ligue Magnus, mais également un précurseur et un modèle dans la progression du hockey sur glace français. « Notre politique, c’est de ne pas rester dans les sentiers battus mais d’être distractif », insiste Jacques Reboh. 

 




Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.
 


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