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Hockey sur glace - Ligue Magnus
MONDIAL RATE : L’ENORME ECHEC DU MENTAL
 
L’équipe de France masculine n’a pas été capable d’obtenir sa promotion dans l’élite mondiale lors du récent tournoi de la Division 1A en Pologne. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, explique la raison principale de son échec et de ses matches très laborieux.
 
Media Sports Loisirs, Hockey Hebdo Tristan Alric le 11/05/2026 à 11:00

Tribune N°133

 
 

MONDIAL RATÉ : L’ÉNORME ÉCHEC DU MENTAL
 
 
 
On pourra toujours trouver mille excuses pour expliquer le fiasco des Tricolores à Sosnowiec. À mon avis, la défaillance de l’équipe de France masculine lors du récent tournoi mondial Division 1A en Pologne a pour raison principale le mental beaucoup trop inconstant et friable de nos hockeyeurs tricolores. L’entraîneur national Yorick Treille (photo ci-contre) l’a d’ailleurs reconnu publiquement à la fin du tournoi en lâchant cette petite phrase très édifiante en conférence de presse et qui résume tout : « Il nous manque l’instinct du tueur. »
Effectivement, les trois victoires très poussives que notre sélection nationale a réussi à arracher péniblement contre le Japon, la Pologne et la Lituanie (avec des prolongations et des séances de tirs au but à deux reprises) ont prouvé à chaque fois le manque d’engagement immédiat de nos représentants sur la glace. Au lieu de démarrer les matches sur des chapeaux de roues, ils ont semblé curieusement amorphes au point d’être obligés de courir ensuite constamment après le score.
Ce tournoi fut si laborieux que nos joueurs ont semblé avoir oublié rapidement qu’ils n’étaient pas venus disputer ce mondial pour essayer de se maintenir mais pour remonter dans l’élite planétaire. Lors du duel contre la Pologne par exemple Yorick Treille a reconnu « que les Tricolores ont eu du mal à se mettre en jambes… » Pour reprendre l’expression de l’ancien capitaine des Bleus Pierre-Edouard Bellemare, nos « chiffonniers » sont retombés une fois encore dans leurs mauvais travers en bégayant souvent leur jeu ce qui provoqua tout au long du tournoi un suspense insoutenable.
 
DES DÉCLARATIONS QUI CONFIRMENT UN RETARD À L’ALLUMAGE
 
Cet attentisme désespérant de nos représentants lors du coup d’envoi des matches a d’ailleurs été fustigé par notre propre attaquant Louis Boudon (photo1 ci-contre) qui l’a reconnu sans langue de bois après la défaite impardonnable contre l’Ukraine sur le score serré de 3-2 : « Ça fait la troisième fois que nous faisons çà au premier tiers-temps, a-t-il dit. On ne se présente pas du tout dans de bonnes conditions mentales. Les Ukrainiens étaient prêts à faire un match de 60 minutes. Nous, c’est uniquement 40 minutes. Du coup, on perd un match décisif et on ne mérite pas mieux que ça ». A l’entendre, les Bleus avaient-ils vraiment conscience qu’ils jouaient la vie du hockey français ?  
Son coéquipier tricolore, Flavian Dair, a continué à augmenter encore mon incompréhension d’observateur après la défaite un peu plus honorable et serrée lors de l’ultime journée contre le Kazakhstan (2-1 après les tirs au but) qui, soit dit en passant, n’avait plus rien à perdre puisqu’il était déjà promu. Flavian, qui pour une fois ne manquait pas d’air, a déclaré : « Nous avons joué comme nous aurions dû jouer durant tout le mondial… » Je pose alors une question toute bête : pourquoi ne l’ont-ils pas fait avant ?
Notre capitaine Jordann Perret, (photo2 ci-contre) qui fut le seul vrai leader ayant de l’envergure dans ce mondial si décevant, en a remis une couche et tourné encore d’avantage la crosse dans la plaie en disant de son côté : « Si on avait joué chaque fois à 70 % comme ce fut le cas contre le Kazakhstan, nous n’en serions pas là ! »
Effectivement, en disputant trois matches avec au final des prolongations puis des tirs au but, notre sélection a perdu en chemin plusieurs points très précieux au classement puisque dans ces configurations le total des points acquis est minoré. Bref, on a constamment réduit nos chances de rester parmi les deux premiers promus. Quel gachis !
J’avoue qu’en entendant ces déclarations de Boudon, Dair et Perret, qui ont au moins le mérite d’être franches, les bras m’en sont tombés ! Pour quelle raison nos joueurs ont-ils réagi de la sorte dès le coup d’envoi du tournoi pour se retrouver constamment dans le mode très inconfortable de la survie ? Avec une attitude aussi pusillanime et un tel manque d’implication et d’audace les membres de notre équipe de France ne pourront jamais construire quelque chose de durable et prétendre refaire partie durablement de l’élite mondiale. A moins qu’on reconnaisse une évidence : que la nouvelle sélection tricolore, qui était privée que plusieurs cadres importants (retraités, blessés ou indisponibles) comme Bellemare, Sacha Treille, Auvitu, Da Costa, Chakiachvili, Rech, Fabre, Gallet, Schmitt, Tim Bozon, Bertrand, manque désormais de véritables nouveaux talents et que ces successeurs n’ont plus le niveau suffisant sur la scène internationale.
 

FAIRE PARTIE DE L’ÉQUIPE DE FRANCE IMPLIQUE DES DEVOIRS
 
En partant du postulat qu’un tournoi de hockey sur glace de la Division 1A mondiale c’est toujours une véritable « guerre » à crosses tirées, il me semble que nos internationaux devraient logiquement débuter tous leurs matches avec le mors aux dents et dans la même intention psychologique. À savoir en se mettant immédiatement « en mode guerrier » c'est à dire pour mouiller immédiatement le maillot en montant sur la patinoire avec « les dents qui raclent la glace ».
Ils devraient être animés uniquement par une grande motivation et avec « l’instinct du tueur » pour reprendre l’expression de Yorick Treille. Je n’étais pas dans les vestiaires ni derrière le banc des joueurs français en Pologne, mais j’imagine que si le coach a été obligé de motiver à chaque fois nos internationaux, c’est que ces derniers n’étaient pas au bon endroit dans ce tournoi de Sosnowiec où l’enjeu était très important.
J’ai peut-être une autre explication à cette inertie : c’est qu’à partir du moment où on sait que l’équipe de France sera automatiquement qualifiée pour le Mondial élite de 2028 à Paris et à Lyon puis pour les JO d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises, nos internationaux, qui n’ont pas une grande concurrence vu leur nombre limité en France, se relâchent peut-être inconsciemment et ne puisent pas assez dans leurs réserves mentales puisqu’il n’y a plus de danger immédiat lors de ces quatre prochaines années. Pour des hockeyeurs qui prétendent être de haut niveau et représenter leur pays, si c’est le cas, cette façon de voir les choses est inconcevable et inadmissible !
Les joueurs qui font partie de la sélection tricolore doivent se rendre compte de la grande chance qu’ils ont dans leur carrière de pouvoir porter le maillot français et représenter notre pays. D’autant qu’à tous les postes de l’équipe nationale (gardiens, défenseurs, attaquants) il y a quand même quelques joueurs qui se bousculent derrière eux car ils rêvent d’être sélectionnés à leur place.
Porter le maillot avec l’insigne du coq impose une véritable prise de conscience avec des devoirs et ne doit pas être considéré uniquement comme un simple aboutissement qui permet de bénéficier d’une ligne supplémentaire très valorisante sur son curriculum vitae. L’équipe de France ce n’est pas une colonie de vacances où on vient s’amuser entre potes en dehors des clubs, mais un groupe élitiste en forme de commando qui doit avant tout défendre la réputation de notre sport favori. 
Logiquement l’entraîneur national et ses adjoints devraient juste entretenir l’implication mentale de leurs joueurs et ne pas avoir à les réveiller au tout dernier moment pour qu’ils se battent. Si Yorick Treille a sans doute une part de responsabilité dans cet échec déplorable, j’espère que les dirigeants de la FFHG ne feront pas l’énorme erreur de l’utiliser uniquement comme « fusible » pour se dédouaner ainsi à bon compte d’une responsabilité qui est avant tout collective. Cet échec c’est celui de l’ensemble de tous les acteurs décisionnaires de notre discipline. Il n’y a qu’à voir le comportement inquiétant de nos juniors internationaux U20 et U18, tous relégués en Division 1B, pour admettre que le mal est beaucoup plus profond.



LE POINT FAIBLE PARADOXAL DES BLEUS : LA SUPÉRIORITÉ NUMÉRIQUE
 
Pendant le mondial de Sosnowiec l’incapacité récurrente pour marquer en supériorité numérique (par exemple contre la Lituanie Baptiste Bruche et Jordann Bougro se sont retrouvé seuls devant le gardien adverse sans pouvoir marquer) prouve que le powerplay des Tricolores reste également un gros point faible ajouté au fait que les Bleus se sont transformé en adeptes du hockey « surplace » puisqu’ils resteront la saison prochaine dans l’antichambre de l’élite mondiale. Privée du Mondial élite qui aura lieu en 2027 en Allemagne (Düsseldorf et Mannheim), l’équipe France devra encore patienter au purgatoire dans un autre tournoi beaucoup moins valorisant de la Division 1A dont le pays organisateur n’a pas été encore désigné par l’IIHF. 
En attendant, il faut quand même se rendre compte de la tâche énorme qui nous attend vu notre faible niveau actuel puisque les cinq pays qui nous ont fait si terriblement souffrir à Sosnowiec comptaient pour la plupart un nombre beaucoup plus réduit que nous de patinoires (10 en Lituanie, 26 en Ukraine, 26 en Pologne, 47 au Kazakhstan, 97 au Japon), sans parler d’un nombre d’habitants beaucoup moins important que les 69 millions de concitoyens que compte la France.
 
NOUVEL OBJECTIF ANNONCÉ : LA CULTURE DE LA GAGNE
 
Alors, après avoir mis le hockey sur glace français « sous perfusion nordique » avec au cours de son histoire le coach suédois Kjell Larsson pendant huit ans, son compatriote Mickael Lundström pendant un an, le finlandais Juhani Tamminen pendant deux ans et son compatriote Heikki Leime pendant quatre ans, la FFHG a donc décidé de faire appel à nouveau à cette filière scandinave. Pour ce faire elle a signé un contrat de quatre ans avec un autre finlandais, Anssi Laine (45 ans - photo ci-contre) , non pas pour devenir le nouveau coach des Bleus, mais pour superviser cette fois plus largement l’ensemble de nos équipes nationales en vue de Mondial de 2028 puis des JO de 2030 dans le but que nos équipes de France retrouve « la culture de la gagne » selon l’expression du président Pierre-Yves Gerbeau.
Je rappelle que ce dernier, qui se veut résolument optimiste, avait déclaré il y a quelques mois : « A long terme notre objectif concernant l’équipe de France, c’est qu’elle soit dans les huit meilleures nations du monde plutôt que dans les seize. C’est l’objectif ambitieux que mon équipe dirigeante a porté lors des dernières élections fédérales. C’est un vrai changement, je peux même dire une révolution ! »
Compte-tenu de ce qui s’est passé lors du récent tournoi mondial de la Division 1A en Pologne, notre président va être dans l’obligation de modérer son enthousiasme et ses grandes ambitions car sa déclaration, qui a du mal à convaincre vu les circonstances, ressemble plus à l’usage de la méthode Coué visant surtout à reprogrammer le mental et renforcer la confiance en soi pour réduire le stress de nos internationaux qui en ont bien besoin. 
En effet, la tâche de Anssi Laine, ancien membre du club finlandais de Kalpa, où jouèrent Alexandre Texier, Sami Tavernier et Hugo Gallet, s’annonce visiblement très ardue et assez périlleuse puisque le nouveau venu n’a pas hésité à déclarer vouloir se servir des hypothétiques futurs bons résultats de nos différentes équipes de France d’ici 2030 pour les utiliser ensuite comme tremplin afin de réaliser son grand rêve, celui de rejoindre la NHL.  
  
 




Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.
 
 


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