Hockey sur glace - Tribune libre de Tristan Alric
Hockey sur glace - 142 / LUC TARDIF EST PRÊT À NOUS AIDER APRÈS L’IIHF
▶ Après avoir quitté la présidence de la Fédération internationale de hockey sur glace, Luc Tardif ne compte pas quitter pour autant notre discipline. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, l’a contacté et relate ses confidences ainsi que le parcours étonnant de l’ancien président de la FFHG.

Tribune N°142

 

LUC TARDIF EST PRÊT À NOUS AIDER APRÈS L’IIHF 
 
 
 
Lors du congrès semi-annuel de l’IIHF qui s’est tenu au début du mois d’octobre sur l’île espagnole de Ténérife, Luc Tardif a pu se regarder fièrement dans la glace en faisant ses adieux en tant que président sortant de la Fédération internationale. Pendant les cinq années qu’il vient de passer au poste de leader mondial du hockey sur glace, l’ancien créateur de la FFHG a été très accaparé par sa nouvelle responsabilité encore plus prestigieuse. Ce fut pour lui un quinquennat historique, non seulement à cause de la durée exceptionnelle de sa présidence à l’IIHF qui avait été rallongée provisoirement d’un an à cause de la pandémie du Covid, mais également parce qu’elle laissera à jamais une trace indélébile dans sa vie.
« Ces années furent les plus exaltantes et enrichissantes de toute ma carrière ! » a confié Luc Tardif en passant le relais à son successeur l’allemand Franz Reindl. Notre plus célèbre Franco-canadien d’adoption (naturalisé en 1983) a pris la décision de quitter volontairement la tête de l’IIHF après avoir effectué un seul mandat visiblement sans regret et avec le sentiment du devoir accompli.  
Dans une déclaration qui a été publiée quelques semaines avant son départ, Luc Tardif expliqua sa décision en disant : « Comme l’IIHF se trouve aujourd’hui dans une position forte et stable, j’estime que le temps est maintenant venu de passer à mon tour le puck à une nouvelle génération de dirigeants. Lorsque j’étais joueur, je n’ai jamais voulu faire la saison de trop. C’est la même politique que je pratique comme dirigeant. Là encore, je veux éviter de faire le mandat de trop. Comme les années passent, il faut laisser la place aux jeunes. » 
Dans une lettre annonçant cette fois-ci officiellement son retrait aux quinze membres élus du Conseil de l’IIHF, notre ancien président fédéral, qui fut également un renfort très célèbre dans trois clubs français (Chamonix, Rouen et Caen), s’était engagé par ailleurs à faciliter une transition en douceur au sein de la direction de l’IIHF « dans l’intérêt de la communauté mondiale du hockey sur glace. »
 
UN MANDAT DE CINQ ANS UNIQUE ET TRÈS MOUVEMENTÉ
 
Il faut dire que depuis son élection, au mois de septembre 2021, lors du congrès semi-annuel organisé à Saint-Pétersbourg en Russie, le mandat de Luc Tardif fut perturbé par un grand nombre d’événements assez compliqués à gérer. Ce fut par exemple le cas de la pandémie du Covid-19 qui avait provoqué l’annulation de plusieurs championnats internationaux, l’envahissement d’une partie de l’Ukraine par la Russie entrainant l’exclusion de ce pays ainsi que celle de la Biélorussie, la guerre au Proche-Orient ou encore plus récemment, les travaux laborieux de la patinoire olympique de Santagiulia à Milan lors des JO d’hiver 2026 avec des retards d’achèvement qui furent également sa grande préoccupation. 
Lors d’une émission de Radio-Canada, ce média d’outre-Atlantique très connu au Québec a fait des éloges à l’adresse de Luc Tardif en expliquant à ses nombreux auditeurs : « Il a vécu et a su gérer plus de crises au cours de son mandat de président de l’IIHF que tous ses prédécesseurs qui ont eu pourtant une longévité bien plus grande que lui en restant pendant quinze ou vingt ans ! » 
Ce n’est pas également sans raison si dans la presse écrite « The Hockey News », un magazine consacré en grande partie à la NHL, a expliqué de son côté que pendant l’unique mandat de Luc Tardif à la présidence de l’IIHF, ce dernier est apparu en deuxième position dans le classement des personnalités les plus influentes du hockey sur glace dans le monde juste derrière Gary Bettman, le tout-puissant commissaire de la NHL.
Le prestige et l’autorité du Français d’adoption expliquent que lors des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina au mois de février 2026, Luc Tardif a pu faire non seulement activer les travaux de finition de la patinoire de Santagiulia, mais aussi obtenir également « sa plus grande victoire » puisqu’après deux ans de négociations, les hockeyeurs professionnels de la NHL effectuèrent grâce à lui leur retour sur la scène olympique après douze ans d’absence. 
Comme le montre la photo ci-dessous, Luc Tardif vient également de renégocier leur présence pour les prochains JO d’hiver de 2030 en obtenant l’accord de Gary Bettman le commissaire de la NHL (à gauche) et Marty Walsh (à droite) le directeur exécutif du puissant syndicat des joueurs professionnels de la NHLPA. Ce selfie fut pris à l’occasion du cinquième match de la dernière série finale de la Coupe Stanley qui opposa les Carolina Hurricanes (vainqueurs 2026) et les Golden Knights de Vegas.

 

LUC TARDIF : « JE NE QUITTERAI PAS LE MONDE DU HOCKEY »
 
Luc Tardif a expliqué les raisons de quitter la présidence de l’IIHF après seulement un mandat à cause de l’activité très chronophage que je viens d’évoquer, mais ce sont aussi des considérations plus personnelles qui l’ont poussé à prendre cette importante décision. En effet, un mandat supplémentaire de quatre ans l’aurait mené jusqu’à l’âge avancé de 78 ans même s’il n’y a désormais plus aucune limite d’âge maximum imposée dans le nouveau règlement de l’IIHF (il était jusqu’à présent de 70 ans). 
En revanche, pour le président de la Fédération internationale trois mandats de quatre ans seulement sont désormais autorisés pour éviter les six longs mandats de son prédécesseur, le suisse René Fasel et que les cinq de l’allemand Gunther Sabetzki. De toute façon, Luc Tardif estimait que le temps était venu également de passer davantage de temps auprès de son épouse Dalila et de leurs sept petits-enfants. 
« Quand je repense à ces cinq dernières années passées à la tête de l’IIHF, je ressens de la nostalgie, mais aussi un certain soulagement et la satisfaction d'avoir rempli ma mission. D’autant qu’on ne peut pas dire que je l’ai eue facile ! », dit-il. Quoi qu’il en soit, Luc Tardif n’a pas l’intention de quitter complètement le monde du hockey sur glace. Lors de notre entretien qu’il m’a accordé juste avant de prendre des vacances familiales bien méritées dans le sud de la France, Luc Tardif m’a bien précisé qu’il est prêt à aider le hockey français mais qu’il ne veut surtout pas donner l’impression de vouloir prendre la place de quelqu’un car il estime, à juste titre, avoir déjà réalisé son rêve le plus prestigieux en devenant président de l’IIHF. 
« Je ne peux pas faire mieux ! Aussi, maintenant, j'aiderai simplement la France pour l’organisation des Championnats du monde de 2028 à Paris et à Lyon, mais aussi pour les Jeux olympiques d’hiver qui auront lieu deux ans plus tard dans les Alpes françaises puisque je reste membre du Comité olympique français. » 
Notre ancien président fédéral veut donc continuer à œuvrer à son rythme en privilégiant surtout le monde de l’olympisme qui vient de l’honorer en le décorant de l’ordre du CIO (voir photo ci-dessous). Son envie de continuer à œuvrer dans ce cadre est légitime puisque Luc Tardif a déjà eu l’importante responsabilité d’avoir été chef de mission de la délégation française (qui regroupait tous les athlètes tricolores) non seulement pendant les Jeux olympiques d’Hiver de 2014 à Sotchi, mais aussi lors des JO de PyeongChang en 2018.  « J’attends de voir. Mais quoi qu’il en soit, je veux désormais prendre mon temps pour respirer un peu. Je ne veux plus avoir le nez sans cesse dans le guidon. »
 


Le président de l’IIHF Luc Tardif a été décoré au mois de juin 2026 de l'Ordre olympique par la présidente du Comité international olympique (CIO), Kirsty Coventry, lors de la cérémonie officielle qui s'est tenue à Lausanne en Suisse.

 
IL FUT L’UN DES PRÉSIDENTS DE L’IIHF LE PLUS GLOBE-TROTTER 
 
En effet, l'un des objectifs ambitieux mais très prenants de Luc Tardif durant son mandat exceptionnel de cinq ans à la tête de l’IIHF a été notamment de parcourir le monde en visitant un grand nombre de fédérations nationales sans jouer le rôle d’un simple touriste. Il souhaitait au contraire que chaque voyage soit soigneusement programmé avec l’organisation de nombreuses réunions novatrices. Celles-ci ont débouché par exemple sur la création depuis deux ans de « l’Asian Championship » qui regroupe le Kazakhstan, le Japon, la Corée et la Chine. Ce fut l’occasion aussi pour promouvoir le hockey « 3X3 » qui fut sa nouvelle cause favorite, tout comme le hockey féminin aussi bien dans les grands pays que dans les petites nations. Au total, Luc Tardif a réussi la performance de visiter pendant les cinq ans de son mandat 66 pays sur les 84 qui sont actuellement membres de l’IIHF ! 
Pour l’anecdote, je me souviens à titre personnel d’un entretien téléphonique inoubliable que j’ai eu avec Luc Tardif pendant l’été 2021, alors que j’étais en vacances sur l’île de Ré. Celui qui n’était encore que le président de la FFHG et qui faisait figure à mon avis d’un candidat plutôt improbable pour viser la présidence prestigieuse de l’IIHF, a réussi à me convaincre de ses chances lors de notre conversation en me faisant partager son enthousiasme et en m’expliquant avec assurance : « Je viens de passer plusieurs jours au téléphone pratiquement du matin au soir afin de contacter un par un tous les dirigeants des pays qui font partie de l’IIHF. Je leur ai présenté en détail mon programme pour essayer de les convaincre. » 
On connait la suite puisque, quelques semaines plus tard, lors du congrès de Saint-Pétersbourg en Russie, Luc Tardif, qui était pourtant le dernier candidat à avoir annoncé officiellement sa candidature, fut élu président de l’IIHF avec 73 % des votants face à l’allemand Franz Reindl, son principal concurrent qui a donc dû patienter encore cinq ans avant de pouvoir lui succéder cette année. 
 
LA FRANCE ABSENTE DU « COUNCIL » APRÈS UNE LONGUE PRÉSENCE 
 
La France a eu régulièrement un représentant au sein du « Council » de l’IIHF presque sans interruption depuis 1994 soit pendant plus de trente ans. L’échec de la candidature récente du président de la FFHG Pierre-Yves Gerbeau, qui fut battu d’extrême justesse au douzième tour des élections à Ténérife, a pour conséquence une absence d’influence directe de notre pays au sein de cette assemblée mondiale du hockey sur glace. Son départ au cœur même du pouvoir international peut-elle avoir des répercussions négatives pour le hockey sur glace français ?
« Je ne le pense pas, répond Luc Tardif. Le président d’une fédération nationale reste forcément au cœur de l’IIHF car c’est un interlocuteur très important. Il a d’autres possibilités d’agir au sein de la Fédération internationale par le biais de ses nombreux comités. Son absence au Council ne sera donc pas une disparition de la France.  »
En effet, il faut rappeler que le directeur général de la FFHG, Eric Ropert, continuera sans doute à représenter notre pays en tant qu’expert dans le Comité de la coordination des compétitions à L’IIHF. « Avec l’expérience qu’il a acquise, Pierre-Yves Gerbeau va être également sollicité, ajoute Luc Tardif. Deux ou trois français seront présents, je l’imagine, dans les commissions permanentes. » 
Hormis les quinze membres du Council, il y a aussi 150 autres dirigeants qui participent d’une manière ou d’une autre à la vie de l’IIHF. On imagine mal en effet que la France soit désormais mise sur la touche malgré son absence dans le nouveau Conseil de la Fédération internationale. Luc Tardif acquiesce en ajoutant : « D’autant que dans les quatre prochaines années la France va être une figure de proue avec deux gros événements organisés chez-elle, à savoir le Mondial de 2028 et les JO d’hiver de 2030. Sans parler que, comme Philippe Lacarrière, je viens d’être élu à mon tour membre à vie de l’IIHF. » 
Il faut rappeler par ailleurs que dans le nouveau « Council » trois nations et non des moindre n’ont également aucun représentant à savoir le Canada, la Suisse et la Russie ! En ce qui concerne le Canada, le pays qui a inventé le hockey sur glace, il avait été pourtant représenté dans le comité directeur de l’IIHF d’une manière presque constante depuis 1978 exception faite d’un seul mandat entre 1994 et 1998. Lors des récentes élections à Ténérife en 2026 la candidate canadienne Katherine Henderson a été cette fois éliminée. Du coup, le Canada a été exclu du Council pour la première fois depuis presque trente ans.
 
L’ERREUR STRATÉGIQUE DE L’ANCIENNE FÉDÉRATION DE TUTELLE
 
Pour mémoire, je rappelle que l’ancien international Philippe Lacarrière avait été élu au Council de l’IIHF lors du congrès de Venise en 1994 au moment où le suisse René Fasel était devenu président. Le Français prit alors en charge la Commission des juniors. Réélu lors du congrès de Lausanne en 1998, notre « légende vivante » très appréciée, notamment par le président René Fasel, pris alors la direction du Comité des arbitres et du Comité des règles de jeu tout en étant aussi chairman du comité des équipements des patinoires. Mais Philippe Lacarrière ne siègera que pendant deux mandats consécutifs comme membre officiel du Council de 1994 à 2003.
En effet, à l’époque du congrès de Marbella en 2003, la Fédération Française des Sports de Glace (qui chapeautait encore le hockey) fut victime d’une crise interne. Le président, Didier Gailhaguet, reprocha à Philippe Lacarrière de défendre le projet de l’indépendance du hockey sur glace français qui était pourtant le souhait exprimé par ses pratiquants mais également par l’IIHF. Par mesure de rétorsion, la FFSG avec son président issu du patinage artistique décida de présenter un autre candidat à sa place. Ce fut une énorme erreur stratégique car Philippe Lacarrière jouissait d’un grand soutien au sein de l’IIHF et ses membres n’apprécièrent visiblement pas sa mise à l’écart contre son gré pour des raisons politiques. 
Du coup, l’ancien tricolore Patrick Francheterre, qui siégeait jusqu’ici au Comité technique de l’IIHF, fut présenté à sa place par la FFSG comme nouveau candidat français au Council, mais il ne fut pas élu en obtenant seulement 34 voix alors qu’il en fallait 77. Suite à son départ forcé du Council, Philippe Lacarrière fut toutefois nommé « membre à vie » de l’IIHF (Life member) ce qui lui permit de continuer à siéger à titre privé dans différentes commissions, de superviser des championnats internationaux et d’assister aux congrès. Il faudra donc attendre l’arrivée de Luc Tardif à la présidence de la FFHG indépendante en 2006 pour permettre à la France d’avoir à nouveau un représentant deux ans plus tard dans la plus haute sphère de l’IIHF.
 
LUC TARDIF A CONNU UNE CARRIÈRE INIMAGINABLE AU DÉPART
 
Lorsque en 1981, j’ai eu l’occasion de remettre le trophée de meilleur buteur du championnat de l’ancienne « Nationale A » à Luc Tardif (photo ci-contre), je n’imaginais pas une seule seconde que quarante ans plus tard le célèbre renfort du club de Chamonix, que je félicitais, allait connaître un destin aussi incroyable en devenant ensuite un dirigeant également de renom, d’abord en créant la FFHG indépendante en 2006 et encore moins en étant élu président de l’IIHF en 2021. 
En effet, Luc Tardif fut donc à ce jour le dernier représentant français au sein du conseil de la Fédération internationale. D’abord présent depuis 2008 dans le Comité des compétitions de l’IIHF, il fut élu une première fois au « Council » en 2012 lors du congrès de Tokyo où il se vit confier le poste de trésorier tout en siégeant également dans l’ancien « bureau exécutif » aujourd’hui disparu. Luc Tardif fut réélu en 2016 lors du congrès de Moscou. Il deviendra alors le président du Comité des finances de l’IIHF.
Enfin, en 2021, lors du congrès semi-annuel de Saint-Pétersbourg en Russie, Luc Tardif connut la plus grande consécration de sa carrière en devenant président de l’IIHF à l’âge de 68 ans. Il fut ainsi le troisième canadien d’origine à ce poste prestigieux après ses compatriotes George Hardy (1948-1951) et Robert Lebel (1960-1963).
Ironie de l’histoire, lors de son élection, qui a donc eu lieu à Saint-Pétersbourg, le premier appel de félicitations téléphonique qu’a reçu Luc Tardif à cette occasion fut celui de Vladimir Poutine. Le président russe ne se doutait pas à ce moment-là que son pays finirait par être exclu du hockey sur glace international en compagnie de la Biélorussie en partie à cause de son interlocuteur qui soutenait l’Ukraine.
Pour conclure cette Tribune, Luc Tardif, qui a été également intronisé au mois de mai 2026 dans le prestigieux Temple de la Renommée de l’IIHF à Zurich, a tenu à me dire une chose qui lui tient beaucoup à cœur : « Pour moi, la création de la FFHG en 2006 a été malgré tout le plus beau trophée de ma longue carrière ! »

 




Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.
 




 
Lieu : Media Sports LoisirsChroniqueur : Tristan Alric
Posté par Christian Simonle 29/10/2026 à 11:00
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